Par

Léa Mosco

Publié le

29 mai 2026 à 10h59

C’est une convention vitale qui vient d’être scellée au cœur de la capitale des Flandres. Ce mercredi 27 mai 2026, au Psyhub du CHU de Lille (Nord), le 3018 (numéro national d’aide aux victimes de violences numériques) et le 3114 (numéro national de prévention du suicide) ont officialisé un partenariat inédit. L’objectif de cette alliance est clair : renforcer la coordination des équipes face à des jeunes confrontés simultanément au cyberharcèlement et à la souffrance psychique.

Une urgence sanitaire exacerbée par le numérique

Les chiffres témoignent d’une réalité préoccupante. Aujourd’hui, 37 % des jeunes âgés de 6 à 18 ans déclarent avoir été confrontés au harcèlement ou au cyberharcèlement. Les conséquences sur la santé mentale sont dévastatrices : 25 % des victimes ont déjà envisagé de se faire du mal ou de se suicider.

Au quotidien, les deux numéros font face à cette vague, avec un constat alarmant sur le rajeunissement des victimes.

« Il n’est pas rare d’avoir des enfants de 6, 7 ans qui nous appellent en nous disant ‘je suis sur les réseaux sociaux et je suis harcelé, victime d’usurpation d’identité, de piratage, de pédocriminalité, et je suis obligé de m’en sortir seul’ », explique Samuel Comblez, psychologue et directeur général de l’association e-Enfance (3018).

Cette pression numérique s’ajoute à un contexte sociétal lourd. « Les jeunes sont très inquiets et en difficulté de se projeter dans un avenir qui soit rassurant », poursuit Samuel Comblez, s’appuyant sur son expérience en cabinet.

« J’ai des adolescents qui me disent ‘Bon je préfère m’arrêter, j’ai vécu 15 ans et j’ai suffisamment d’expérience de vie pour pouvoir dire stop’. C’est assez perturbant pour un adulte d’entendre des jeunes qui n’ont pas d’espoir en l’avenir. »

Du côté du 3114, le constat sur la détresse globale n’est pas plus rassurant : « La tendance n’est pas à l’amélioration de cette situation, ce qui nous inquiète un peu », explique Issam Zergari, directeur opérationnel du numéro de prévention du suicide.

Deux leviers d’action complémentaires

Sur le terrain, ces deux numéros accompagnent régulièrement les mêmes jeunes. Cependant, leurs champs d’action sont distincts et complémentaires. Le 3018 agit directement sur l’environnement numérique.

« Un des pouvoirs très importants et uniques en France du 3018, c’est d’avoir la capacité de faire retirer des contenus, n’importe lesquels sur tous les réseaux sociaux, sur les sites pornographiques, sur les plateformes de jeux vidéo », poursuit Samuel Comblez.

Une intervention cruciale face à la toile : « On sait qu’avec la viralité de la diffusion des contenus, ça peut être compliqué de savoir qu’on a une photo de nous à caractère sexuel qui est en train d’être diffusée, surtout quand on est un adolescent », détaille le directeur général du 3018.

Le 3114, de son côté, évalue le risque suicidaire et assure un maillage territorial solide dont le cœur bat particulièrement dans la région. En effet, c’est le CHU de Lille qui pilote ce numéro au niveau national.

L’équipe locale, qui s’occupe de la région Hauts-de-France, ne se contente pas de décrocher le téléphone. Elle a également une « activité de réponse mais aussi une activité territoriale en faisant des interventions dans les écoles et auprès des professionnels de la région », détaille Issam Zergari.

En formalisant leurs échanges, les deux entités entendent fluidifier les parcours.

« L’idée, c’est vraiment de mutualiser les compétences et, en retour, de pouvoir faciliter aussi le travail des écoutants du 3114 », précise Issam Zergari. Le message envoyé aux victimes à travers ce guichet renforcé se veut rassurant.

On va vous écouter, mais surtout on va agir et on va vous soulager.

Issam Zergari, directeur opérationnel du numéro de prévention du suicide.

S’adapter aux modes de communication des adolescents

Au-delà de l’urgence, les professionnels de la prévention savent qu’ils doivent s’adapter aux usages des nouvelles générations. Décrocher un téléphone reste une barrière immense pour beaucoup d’adolescents.

« La génération actuelle a beaucoup de mal à téléphoner. Ils sont plus à l’aise à l’écrit », observe Samuel Comblez, qui insiste sur la nécessité de les accompagner à « raconter leur histoire, dire qu’on ne va pas bien, accepter qu’on puisse pleurer au téléphone ».

Pour lever ce frein, le 3114 prépare des évolutions majeures d’ici 2027. Issam Zergari annonce « la création d’un centre dédié aux personnes sourdes, malentendantes et aphasiques » mais aussi « un centre dédié au chat, pour aider plus facilement les jeunes qui demandent de pouvoir prendre contact par écrit et qui ne veulent pas passer par la parole. »

Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.