Regarder une oeuvre d’art, ne serait-ce pas, avant tout, faire l’expérience de l’illusion ? Et prendre plaisir à explorer ce gap, soudain ouvert, qui nous sépare de la réalité pour mieux nous y confronter ?
Dans son ouvrage paru en 1960, L’Art et l’illusion, E. H. Gombrich, spécialiste de l’iconographie du XXe siècle, décrypte les phénomènes de la perception visuelle et la part psychique de la création en soulignant le rôle actif du spectateur, sa capacité de projection, de rapprochement et d’interprétation, ses facultés à recomposer des images mentales fragmentaires. La transformation du réel, sa déformation, ses dérèglements sont des ressorts fondamentaux de la création. Et le phénomène s’accroît lorsqu’ils deviennent l’objet même de l’œuvre.
Autant de formules que d’artistes
Dérégler les outils de la perception revient à nous déconnecter de la réalité, avec la promesse de découvrir ce qui s’y cache.
Des premiers trompe-l’œil de l’Antiquité à l’invention d’un genre à part entière par les artistes de la Renaissance, de la peinture rétinienne des impressionnistes à l’Op Art, dérégler les outils de la perception revient à nous déconnecter de la réalité, avec la promesse de découvrir ce qui s’y cache, comme semblait l’évoquer l’étrange philosophe, médecin et écrivain suisse Ignaz Paul Vital Troxler (1780–1866) lorsqu’il affirmait : « Il y a assurément un autre monde, mais il est dans celui-ci ».

Leandro Erlich, The Cloud – Bird, 2022
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Encre céramique numérique imprimée sur verre ultra-clair • 199,5 × 175 × 67 cm • coffret en bois et éclairage LED • © Courtesy Leandro Erlich Studio
Et il existe autant de formules que d’artistes pour s’y employer. Cela peut être Christo et Jeanne-Claude lorsqu’ils empaquetèrent, il y a 40 ans, le Pont-Neuf à Paris pour mieux en révéler la beauté ; Yayoi Kusama lorsqu’elle couvre l’environnement de pois colorés à la manière d’une rétine défaillante ; Judy Chicago quand elle plonge la ville et ses monuments dans des fumées psychédéliques immersives ; Felice Varini qui fait naître d’improbables et spectaculaires formes à même l’architecture en fonction d’un point de vue unique ; ou Henrique Oliveira qui en fait surgir des excroissances de bois comme si la nature reprenait ses droits.
Ce sont aussi les installations de fumigènes et lumières colorés d’Ann Veronica Janssens, les traversées de lumière proposées par Olafur Eliasson ou encore Anish Kapoor qui piégea les spectateurs jusqu’à les faire chuter en utilisant le Vantablack, noir absolu d’une telle densité que lorsqu’il couvre la surface d’un objet, la lumière n’y est plus réfléchie.
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Des maîtres de l’illusion à l’honneur cet été
Et vous n’êtes pas au bout de vos surprises, optiques, physiques ou sensitives, puisque cet été quatre maîtres de l’illusion artistique proposent d’embarquer le public dans une grande perte de repères. JR rhabille le Pont-Neuf, à Paris, d’un gigantesque trompe-l’œil en clin d’œil à ses aînés Christo et Jeanne-Claude. Leandro Erlich défie les lois de la perspective au Grand Palais, à Paris, et nous fait perdre tout sens de l’orientation avec ses énigmes optiques.

Fujiko Nakaya, Earth Talk, Fog sculpture #94768, 1976
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Tomás Saraceno inscrit dans les déserts de sel argentins une œuvre manifeste pour la sauvegarde des territoires convoités pour leurs ressources en lithium et des communautés qui les habitent. Et, enfin, Fujiko Nakaya enveloppe Honfleur (Calvados) de l’une de ses envoûtantes sculptures de brouillard. Autant de manières de transcender, sublimer, réinventer et se réapproprier nos réalités.
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La Caverne du Pont-Neuf
Du 6 juin 2026 au 28 juin 2026
Pont Neuf • 75001 Paris
Du 2 juin 2026 au 6 septembre 2026
Grand Palais • 7 Avenue Winston Churchill • 75008 Paris
www.grandpalais.fr