Harcèlement
L’auteur décrypte avec talent cette mécanique de la notoriété et des réseaux sociaux, montre à quel point la jeunesse actuelle a besoin d’exister et décortique la spirale du vide dans laquelle sombrent les influenceurs comme les zones d’ombre d’une génération hyperconnectée.
Fournier maîtrise son sujet, ayant travaillé auprès des créateurs de contenus chez YouTube, avant de rejoindre Google à San Francisco et de collaborer avec Netflix. De quoi nourrir son propos et aiguiser son regard sans pour autant céder aux sirènes du cynisme. Il évite également l’écueil du documentaire.
La beauté de ce roman, paru au Québec où il a été salué par la presse et par les librairies, réside dans l’humanité dont il dote ses personnages, à commencer par Luna, cet oiseau pour le chat, cette héroïne d’une désarmante simplicité à laquelle on s’attache immédiatement au point de vouloir la protéger. Car, comme attendu, la jeune fille naïve et généreuse se laissera broyer par la machine infernale de la Sillicon Valley et ne tardera pas à regretter les premières interventions postées dans sa chambre et dans l’anonymat, sous le pseudonyme de Mal Lunée, à l’heure où les critiques, commentaires désobligeants et autres flots d’insultes n’empoisonnaient pas encore son profil ni son existence.
Mal Lunée | Roman | Jules Fournier | Actes Sud, 256 pp., 19 €, version numérique, 15 €.
EXTRAIT
« Elie était en terrasse de café avec une femme menue aux cheveux clairs. Il attrapa son portable qui faillit lui tomber des mains quand il vit Luna assise face à la caméra. Il la connaissait assez pour percevoir une pointe de gêne, mais enfin elle l’avait fait en direct ! Il prétexta un appel urgent et s’isola pour la regarder. »