Les cancers cutanés progressent, les délais pour obtenir un rendez-vous chez un dermatologue s’allongent et les innovations se multiplient. C’est à la croisée de ces trois enjeux que le CHU de Nice a officiellement lancé, ce 28 mai à l’hôpital Pasteur, son Tiers-Lieu d’Expérimentation SKIN.
Ce dispositif doit permettre à des startups, PME et industriels de tester leurs solutions numériques en dermatologie dans un environnement clinique, au contact des médecins et des patients. “C’est le premier et unique tiers-lieu en France dédié exclusivement à la peau”, précise le professeur Thierry Passeron, professeur en dermatologie au CHU de Nice et porteur du projet.
Répondre à la crise d’accès aux soins
Le lancement de SKIN intervient dans un contexte particulièrement tendu pour la dermatologie. Les cancers cutanés ont triplé en trente ans et l’accès aux spécialistes devient de plus en plus difficile. Selon Eurobiomed, 200.000 nouveaux cas de cancers cutanés sont diagnostiqués chaque année en France, dont 15.000 mélanomes. Dans le même temps, le nombre de dermatologues a reculé de 10% en dix ans.
“Près de la moitié des personnes qui souffrent d’un problème de peau renoncent à se faire soigner, tout simplement parce qu’elles n’arrivent pas à accéder aux soins dermatologiques”, a souligné Thierry Passeron.
Thierry Passeron.
Pour le CHU de Nice, l’enjeu ne se limite pas au dépistage du cancer. La dermatologie couvre aussi des pathologies inflammatoires, immunitaires ou chroniques qui peuvent profondément altérer la qualité de vie des patients : psoriasis, eczéma, vitiligo, pelade ou maladies rares cutanées. “Il n’y a pas de petits problèmes de peau pour les personnes qui en souffrent”, insiste le professeur Thierry Passeron.
Un écosystème territorial déjà structuré
Le Tiers-Lieu SKIN s’appuie sur un consortium réunissant le CHU de Nice, l’Inria, Université Côte d’Azur, des dermatologues libéraux, des médecins généralistes, des associations de patients, des industriels et Eurobiomed. Ce lancement coïncide également avec la publication par Eurobiomed de la première cartographie de la filière dermatologie et sciences de la peau dans le Sud de la France. Cette cartographie recense 84 acteurs, dont 65 entreprises, 5 CHU et plus de 30 équipes de recherche entre Occitanie et Région Sud. La filière représenterait environ 4.000 emplois directs.
Pour Eurobiomed, ce travail confirme l’existence d’une filière dermatologique déjà dense, structurée autour de la recherche, de la clinique, de l’industrie pharmaceutique, de la cosmétique, des biotechs et des dispositifs médicaux numériques. À Nice, cette dynamique s’appuie notamment sur un service de dermatologie particulièrement actif. Le CHU revendique plus de 150 essais cliniques en cinq ans, plus de 300 publications, deux spin-off et désormais ce tiers-lieu dédié à l’expérimentation.
Accélérer les projets, de l’idée au marché
Concrètement, SKIN veut accompagner les porteurs de projets à différents stades : validation d’une idée, développement technologique, expérimentation clinique, accès aux professionnels de santé, évaluation avec les patients ou encore préparation à l’accès au marché. Les solutions attendues peuvent concerner l’imagerie médicale, la télé-expertise, l’intelligence artificielle, les dispositifs médicaux numériques ou encore les outils d’aide au dépistage et au suivi des pathologies cutanées.
L’objectif n’est pas de remplacer les dermatologues, mais de mieux orienter les patients et d’améliorer les parcours. “Les solutions numériques ne vont pas résoudre tous les problèmes, mais elles peuvent nous aider en nous appuyant sur les autres professionnels de santé”, souligne Thierry Passeron. Le tiers-lieu veut aussi partir des besoins réels des patients. Les associations seront associées aux expertises afin d’évaluer la pertinence clinique, mais aussi éthique, des projets accompagnés.
La soirée de lancement a également permis de mettre en lumière plusieurs innovations déjà développées dans l’écosystème de la santé numérique. Trois dirigeants d’entreprises sont venus présenter leurs solutions devant les acteurs réunis à Pasteur : Bernard Fertil, CEO d’Anapix Medical, autour de la téléexpertise et de la détection des cancers cutanés, Thierry Desjardins, CEO de Sur’Touch, qui développe un instrument chirurgical intelligent destiné à améliorer le diagnostic et le traitement des lésions cutanées, et Kévin Cortacero, CEO de Mantalys, venu exposer les applications de l’intelligence artificielle dans le domaine de la pathologie digitale. Des exemples concrets qui illustrent la vocation du Tiers-Lieu SKIN : rapprocher chercheurs, cliniciens et entrepreneurs pour accélérer le déploiement d’innovations au service des patients.
Thierry Desjardins.
À plus long terme, Thierry Passeron veut faire de SKIN la première brique d’un projet beaucoup plus large : le Skin Institute. Ce futur centre ambitionne de regrouper prévention, soins, essais cliniques, recherche, industrie pharmaceutique et intelligence artificielle autour de la santé de la peau. L’objectif affiché est ambitieux : faire émerger à Nice, à l’horizon 2028, l’un des plus grands centres européens dédiés à la peau, aux soins et à la recherche dermatologique.