Depuis la loi du 10 juillet 2019 contre les violences éducatives ordinaires, l’autorité parentale doit s’exercer « sans violences physiques ou psychologiques » en France. La fessée, comme les gifles ou certaines humiliations verbales, est donc officiellement proscrite. Pourtant, dans de nombreux pays où elle reste autorisée, cette pratique continue d’être utilisée par une partie des parents.
C’est ce que montre une étude publiée dans le Canadian Journal of Public Health. Les chercheurs ont interrogé près de 4 000 adultes sur leurs pratiques éducatives et leur propre expérience de la punition physique durant l’enfance. Résultat : environ un parent de la génération Z ou millennial sur cinq reconnaît avoir déjà donné une fessée à son enfant.

Violences éducatives ordinaires : une pratique moins fréquente chez les jeunes parents

L’étude met en évidence une évolution des mentalités entre les générations. Si 20 % des parents issus des générations Z et millennial déclarent avoir déjà eu recours à la fessée, cette proportion grimpe à 45 % chez les parents de la génération X. Les chercheurs observent également que 15 % des personnes interrogées considèrent encore la fessée comme nécessaire pour bien éduquer un enfant. Une conviction qui va pourtant à l’encontre des recommandations des principales organisations de santé.

L’Organisation mondiale de la santé et l’American Academy of Pediatrics déconseillent en effet les châtiments corporels. En 2018, l’organisation américaine a même affirmé que les données scientifiques disponibles ne permettaient pas de justifier le recours à la fessée comme méthode éducative.

Des conséquences qui peuvent se prolonger dans le temps

Selon la pédiatre américaine Isha Mannering, la punition physique peut entraîner une obéissance immédiate, mais elle repose essentiellement sur la peur. Elle n’aiderait pas les enfants à développer des compétences essentielles comme la gestion de leurs émotions ou leur capacité à prendre des décisions adaptées.

Les auteurs de l’étude rappellent également plusieurs travaux scientifiques publiés ces dernières années. Une recherche menée en 2021 a notamment montré que les enfants ayant reçu des fessées à l’âge de 3 ans étaient davantage susceptibles de présenter, deux ans plus tard, des comportements agressifs ou destructeurs. Une autre étude publiée en 2017 a établi un lien entre les châtiments corporels durant l’enfance et un risque plus élevé de comportements violents dans les relations amoureuses à l’âge adulte.

Enfin, les chercheurs soulignent que la fessée tend à se transmettre d’une génération à l’autre. Plus de la moitié des parents interrogés ont déclaré avoir eux-mêmes reçu des fessées à plusieurs reprises durant leur enfance. Pour les spécialistes, il est néanmoins possible de rompre ce cycle en privilégiant des méthodes éducatives basées sur le dialogue, l’écoute et la cohérence plutôt que sur la punition physique.