
Le blogueur Mahammad Mirzali est un opposant au régime au pouvoir en Azerbaïdjan
Crédit : Charles Guyard
Un palais de justice placé sous cloche, entièrement cerclé par des barrières métalliques, des entrées filtrées avec sas de sécurité, une salle d’audience sous haute surveillance avec des agents cagoulés présents autour et dans les deux box pour encadrer les sept prévenus : c’est un procès hors norme qui se déroule depuis le 26 mai devant la Cour d’assises spéciale de l’Ille et Vilaine, à Rennes.
Un déploiement qui n’est pas superflu quand on connaît la détermination des accusés lesquels ont tenté d’assassiner froidement, dans le centre de Nantes et en plein jour le 14 mars 2021 Mahammad Mirzali, un blogueur azerbaïdjanais réfugié politique depuis 2016 en France.
Mahammad Mirzali a raconté son « calvaire » à la barre
Son tort ? Dénoncer les atteintes à la liberté du régime d’Ilham Aliyev et en dévoiler les dérives corruptibles. Ce mardi 2 juin, il est venu pendant près de 3 heures raconter la violente agression qu’il a subie il y a cinq ans. Son avocat, Me Henri Carpentier. « Il a dressé ce récit absolument glaçant, terrifiant, d’un engagement d’un homme en faveur de la liberté et qui se retrouve confronté à une machine. Il a parlé de la main, la main noire de l’histoire, et la main noire de l’histoire a manifestement envoyé des tueurs chez nous, ici en France, à Nantes, pour le tuer et à plusieurs reprises.
Mon client dénonçait le gouvernement azerbaïdjanais, et la corruption. Ce n’est pas un homme politique, ce n’est pas un leader d’opinion. Il a 26 ans, il ne représente rien. En revanche, les informations qu’il délivre, elles représentent et c’est pour ça que, dès les premiers mots de sa plainte, il a désigné le gouvernement d’Azerbaïdjan et le régime d’Ilham Aliyev. »
« Il ne peut rien faire sans sa protection policière »
Aujourd’hui, Mahammad Mirzali est venu raconter sa violente agression et, surtout, dans quelles conditions il est désormais obligé de vivre, ou plutôt de survivre, en France, selon Me Carpentier. « Sa vie, elle n’existe plus. Comme il dit, elle est morte le 14 mars, depuis il vit sous protection policière, dans une adresse cachée. Il ne peut pas aller dehors. Il ne peut rien faire sans sa protection policière. La protection policière, ça veut dire aller faire du repérage dans tous les lieux où il désire aller… Vous allez dans une boulangerie, la protection policière doit aller inspecter la boulangerie au préalable.
Me Carpentier
Quand vous avez un tel dispositif, vous ne pouvez offrir aucune interaction sociale, naturelle… Croiser quelqu’un dans la rue, entamer une discussion, prendre un café. Tout ça est interdit, il ne peut pas travailler, ni rencontrer une fille alors que c’est l’âge où on construit sa vie. Vous ne vivez que sous le prisme de la menace, et vous savez qu’elle ne cessera pas. »