Sous la futaie du parc du Domaine d’O, le parcours festivalier s’ouvre sur le cinéma, passe par le Chili et s’amuse à dénoncer les poncifs d’une Gaule identitaire.

Avec un hommage amusé au cinéma français du siècle dernier, On fera mieux la prochaine fois de Nicolas Heredia évoque nos stars du passé, de Romy Schneider à Brigitte Bardot, de Jean-Louis Trintignant à Patrick Dewaere… Dans un décor digne d’un studio radio, l’amusant protocole proposé à des interprètes équipés de casques audio devient un jeu comique quand il s’agit de doubler en direct des archives sonores réunissant des interviews de ces figures de l’écran. Certaines parlent trop vite où mangent leurs mots et, dans l’épreuve, les réactions des comédiens et comédiennes deviennent aussi importantes que les propos de leurs modèles. Un plaisant moment qui nous ramène à une époque où les vedettes se livraient avec franchise et une belle candeur aux questions de la presse (tournée jusqu’en mai 2027).

On change de continent avec Vania, une proposition inscrivant le chef d’œuvre de Tchekhov dans le contexte d’un retour de manivelle où les pays d’Amérique latine renouent dans les urnes avec le populisme de l’extrême droite. Sous la direction de l’Argentin, Guillermo Cacace, une troupe chilienne transforme Oncle Vania, en un cérémonial de possession. Le metteur en scène s’inspire de la première version du texte, Le Génie de la forêt, où l’auteur convoquait des spectres. Ayant répété dans le nord du Chili à Antofagasta, ville située dans l’Atacama, le metteur en scène s’inspire des légendes locales du désert pour transformer le drame intimiste en une proposition charnelle proche de la transe. Métaphore politique d’un continent qui cauchemarde du retour de ses démons, Vania devient alors un rituel sorcier ayant valeur d’exorcisme (tournée en préparation).

Une critique délicieuse du concept d’identité

Retour en Europe avec Les Gaulois de Marion Aubert dans une mise en scène de Thomas Blanchard et Olivier Martin-Salvan. Avec pour décor un petit chemin de campagne qui grimpe une colline au relief de toboggan, le spectacle commence par l’impayable numéro de deux sangliers à l’heure du petit déjeuner. La mise en boîte des images d’Epinal d’un “roman national” censé réunir une France métissée sous la bannière d’ancêtres Gaulois. Le couple d’acteurs (Thomas Blanchard et Olivier Martin-Salvan) commence par un clin d’œil aux fameux sangliers de la bande dessinée de René Goscinny et Albert Uderzo. Partant d’Astérix et Obélix pour s’amuser d’autres duettistes célèbres, Laurel et Hardy ou Don Quichotte et Sancho Panza, le spectacle s’avère une critique délicieuse du concept d’identité. À l’approche des échéances électorales à venir, une salutaire dénonciation des enfermements idéologiques de l’extrême droite (En tournée jusqu’en février 2027).

40e édition du Printemps des Comédiens au Domaine d’O, jusqu’au 21 juin à Montpellier.