Depuis quelques semaines, la commune de Mions, située dans la métropole de Lyon, s’est engagée dans une stratégie aussi surprenante qu’ambitieuse : lâcher massivement des moustiques mâles stériles pour écraser la population locale de moustiques tigres.
Le maire LR Mickaël Paccaud a signé le 24 avril dernier un contrat de trois ans avec la start-up montpelliéraine Terratis, pionnière de la technique de l’insecte stérile en France. Le coût est de 60 000 euros par an. L’objectif : diviser par deux la population de moustiques tigres dès la première année, et atteindre 90 % de réduction au bout de deux saisons.
Comment fonctionne la technique de l’insecte stérile ?
Le principe peut sembler paradoxal : pour éliminer des moustiques, on en lâche davantage. Mais ces mâles ne piquent pas, ne transmettent aucune maladie et ne se reproduisent pas de façon viable.
Florian Vernichon, responsable terrain chez Terratis, l’expliquait en juillet 2025 dans les colonnes du journal Sud Ouest : les moustiques mâles sont élevés en laboratoire, dans de grands bacs d’eau, puis triés à l’état de nymphe grâce à un filtre sélectif. Leurs spermatozoïdes sont ensuite neutralisés par exposition aux rayons X. Résultat : les mâles stérilisés restent parfaitement fonctionnels sur le plan comportemental, s’accouplent normalement avec des femelles sauvages, mais ces dernières pondront toute leur vie des œufs vides.

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À Mions, le déploiement se fait selon ce protocole précis :
- 200 000 mâles stériles relâchés chaque semaine ;
- 30 points de lâcher répartis sur la commune ;
- 5 millions de mâles stériles ciblés sur l’ensemble de la saison annuelle ;
- une dispersion autonome dans les jardins privés, sans intervention supplémentaire.
Mions n’est pas un cas isolé. Brive-la-Gaillarde et Montpellier avaient déjà recouru à cette méthode en 2025, toutes deux avec Terratis. La ville de Mions devient donc le troisième territoire français à tenter l’expérience à grande échelle.

Grâce à la technique de l’insecte stérile développée par une entreprise de biotechnologie basée à Montpellier, la commune de Mions (métropole de Lyon) espère diminuer la prolifération du moustique tigre sur son territoire. © Emilie Billaudel, iStock
Une invasion qui progresse dans toute la France
Ce choix radical s’explique par une réalité sanitaire préoccupante. Le moustique tigre, détecté pour la première fois en France en 2012, n’a cessé de gagner du terrain depuis.
L’Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes dressait le 23 avril un bilan alarmant : en 2025, la région a enregistré un niveau élevé de cas d’arboviroses, des maladies vectorielles comme la dengue ou le chikungunya transmissibles par ce moustique. L’insecte est désormais implanté dans les 12 départements de la région, avec 1 328 communes colonisées contre 1 192 en 2024. Près de 80 % de la population régionale vit aujourd’hui dans une zone concernée.

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La Nouvelle-Aquitaine affiche des chiffres similaires : le moustique tigre est présent dans 1 700 communes sur 4 294, soit 40 % du territoire régional, avec 215 nouvelles communes touchées en un an. Seule la Creuse reste épargnée dans cette région. 75 % des habitants néo-aquitains sont désormais exposés.
Face à cette progression, les solutions classiques, comme la destruction des gîtes larvaires ou les insecticides, ne suffisent plus à contenir la situation. La technique de l’insecte stérile représente une alternative biologique sans résidu chimique, ce qui lui vaut un intérêt croissant des collectivités.
Si les constats à Mions confirment les projections de Terratis, d’autres communes françaises pourraient rapidement sauter le pas avant même la fin du partenariat triennal.