Après la levée de fonds de 5 millions d’euros, un nouveau redressement judiciaire vient fragiliser l’avenir de Duralex. Elle fait planer l’incertitude sur le sort des sommes investies par les particuliers qui avaient misé sur son redressement.
C’est un nouveau coup dur pour Duralex qui avait levé 5 millions d’euros en novembre 2025 grâce au fervent soutien des Français. Le tribunal de commerce d’Orléans a ouvert lundi 1er juin une procédure de redressement judiciaire pour la célèbre verrerie orléanaise qui prévoit une période d’observation de six mois. Il s’agit de la cinquième procédure collective en un peu plus de 20 ans pour la célèbre marque aux verres réputés incassables.
Cette décision intervient alors que la société coopérative avait été reprise par ses salariés en 2024 et un projet de développement ambitieux avait été lancé. Pourtant, les fragilités financières et organisationnelles de Duralex ressurgissent, au point de remettre en cause la pérennité de l’usine et les investissements consentis par le grand public.
«Le problème de fond, c’est un problème de gestion»
La croissance de 7% du chiffre d’affaires au 31 décembre 2025 et la confirmation du respect des objectifs de début 2026, montrent que le plan de développement lancé en 2024 commence «à porter ses fruits», selon Duralex. Mais cette croissance cache de nombreuses difficultés qui ont amené la verrerie vers un nouveau redressement judiciaire lundi.
Dans un communiqué publié hier, la Scop explique être «confrontée à des tensions de trésorerie liées à une hausse du stock très importante sur janvier et février 2026». Ce manque de liquidités s’ajoute à la flambée des coûts de l’énergie et des matières premières, un facteur déjà connu, bien qu’il «pèse encore un peu plus aujourd’hui», selon la CGT du Loiret.
Pour Pascal Sudre, secrétaire départemental du syndicat, le problème est plus profond. « Le problème de fond, c’est un problème de gestion, explique-t-il ce mardi matin au micro d’ICI Orléans. Et depuis 20 ans, les salariés Duralex connaissent les mêmes difficultés avec les mêmes dirigeants». Il pointe «la très mauvaise gestion de François Marciano». L’ancien directeur avait été nommé après la reprise de Duralex en Scop en juillet 2024.
Le sexagénaire et son fils, Antoine Marciano, propulsé à la direction financière, ont été brusquement écartés de la société en avril. Peggy Sadier, qui dirigeait auparavant la branche marketing et commerciale, a repris la gestion de la Scop. Un audit indépendant, demandé par Bercy, a ensuite été annoncé publiquement le 21 mai. Selon une source proche du dossier, ce rapport met en évidence « des erreurs de gestion, des approximations ».
Quelles issues pour Duralex ?
À l’issue des six mois d’observation du tribunal, trois scénarios se dessinent pour Duralex, avec des conséquences différentes pour l’usine comme pour les investisseurs. Le plus favorable serait un plan de continuation pour la verrerie, avec une poursuite de son activité sous l’assistance d’un administrateur judiciaire, le temps de redresser durablement sa situation.
Le deuxième scénario serait une cession de l’entreprise, avec un projet de reprise par un nouvel acteur, qui décidera de la stratégie industrielle, du maintien du site et des effectifs. Le sort de l’usine et des salariés dépendra directement du projet du repreneur. Dans le scénario le plus défavorable, si aucune solution n’est trouvée, la liquidation judiciaire est prononcée. Elle entraînerait la fermeture de l’usine de La Chapelle-Saint-Mesmin et le licenciement des 243 salariés.
Les investisseurs vont-ils perdre leur argent ?
Dans le premier scénario, les investisseurs ne verraient pas de changement dans leur investissement. Dans le cas d’une cession, leur sort dépendra des conditions négociées avec le repreneur. Dans le cas d’une liquidation, en revanche, la perte de l’investissement est totale.
Qu’en est-il des intérêts ? «Les investisseurs ont souscrit à des titres participatifs dont le capital est remboursé à partir de la 7e année et dont les intérêts sont payés à chaque date d’anniversaire», rappelle Julien Benayoun, CEO de Lita, plateforme de financement participatif qui a accompagné Duralex. Le paiement des intérêts cette année dépendra donc de la situation de la Scop à cette date. «Il est important de rappeler également que les investissements ont été plafonnés à 1000 euros par souscripteurs», ajoute Julien Benayoun. Une perte potentielle mais limitée pour les Français qui avaient soutenu la Scop.
La verrerie emblématique a précisé que la nouvelle directrice Peggy Sadier voulait «tout mettre en œuvre, avec le concours d’un administrateur, pour pérenniser le plan de transformation commercial de la marque et pour trouver les solutions optimales de sortie de la procédure».
Une prochaine audience au tribunal est prévue le 2 juillet 2026, selon Lita.