• Première partie d’un diptyque ambitieux, « La Bataille de Gaulle – L’âge de fer » débarque ce mercredi sur les écrans.
  • Le réalisateur Antonin Baudry dépoussière le mythe avec un Simon Abkarian surprenant sous le képi.
  • Malgré les ruptures de ton et la multiplication des personnages, l’énergie de l’entreprise est contagieuse.

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Festival de Cannes 2026 : films, stars et actualités de la Croisette

Le Général comme vous ne l’avez jamais vu. C’est la promesse de La Bataille de Gaulle, le diptyque du réalisateur Antonin Baudry dont le premier volet, L’âge de fer, débarque ce mercredi sur les écrans, après sa présentation en grandes pompes sur la Croisette, lors du 79ᵉ Festival de Cannes. Contrairement à De Gaulle, le film de Gabriel Le Bomin avec Lambert Wilson sorti en 2020, il ne s’agit pas d’un biopic mais d’une fresque à grand spectacle qui débute en juin 1940. Basée sur De Gaulle : une certaine idée de la France, l’ouvrage de l’historien britannique Julian Jackson, elle raconte le combat d’un homme qui a façonné son destin, envers et contre tous, dans le chaos de la Seconde Guerre mondiale…

C’est quoi le pitch ? Le 17 mai 1940, Charles de Gaulle défie les chars allemands et risque sa vie durant la bataille de Montcornet. Un mois plus tard, il refuse l’armistice demandée par le maréchal Pétain et s’envole pour Londres où il vient chercher le soutien de Churchill et des alliés. Si l’appel du 18 juin lui vaut une condamnation à mort par contumace, il inspire Ferdinand, un étudiant parisien qui rêve de rejoindre la Résistance…

Ce que j’en ai pensé ? Je suis entré sur la pointe des pieds… Et j’ai d’abord été déconcerté par un scénario qui déploie plusieurs intrigues parallèles, sans qu’on comprenne tout de suite comment elles s’emboîtent. Celle consacrée à De Gaulle lui-même est la plus surprenante puisque Antonin Baudry opte pour une approche presque loufoque du personnage. Avec ses faux airs de Droopy en képi, Simon Abkarian lui confère une bizarrerie à rebours de l’image d’Épinal. D’un point de vue historique, elle met le doigt sur la solitude du personnage à cette époque de son combat. Elle le met à nu, au propre comme au figuré. Oui, oui.

Trois films en un

Toute cette partie du film flirte sans cesse avec la comédie, comme lors de l’escapade mouvementée du général en Afrique, ou de ses face-à-face savoureux avec Churchill, joué par l’acteur anglais Simon Russell Beale. Elle clashe un peu avec celle consacrée à Fernand Bonnier de La Chapelle, un jeune Parisien à l’origine de la manifestation étudiante du 11 novembre 1940. Plus classique, elle est habitée par la performance exaltée de Florian Lesieur, transfuge de Plus belle la vie, et la présence magnétique d’Anamaria Vartolomei dans le rôle de Livia, sa camarade de révolte. À mi-parcours, ces deux films presque concurrents sont piratés par un troisième consacré à la bataille de Birk-Hakeim au printemps 1942. Épique et immersive « à la Nolan », elle est portée par un Benoît Magimel épatant en général Koenig.

Florian Lesieur dans "La Bataille De Gaulle - L'âge de fer".Florian Lesieur dans « La Bataille De Gaulle – L’âge de fer ». – Pathé

Malgré l’enjeu commercial d’un blockbuster à 75 millions d’euros, Antonin Baudry n’a pas eu peur de multiplier les ruptures de ton et de déplacer sans cesse le centre de gravité de son intrigue… C’est casse-gueule, mais ça marche. Parce qu’il y a du souffle et de l’enthousiasme à tous les étages. Parce que la reconstitution est riche et soignée jusque dans les moindres détails, comme ces tableaux de femmes nues qui ornent les murs de la petite chambre d’hôtel du général, alors qu’il tente de convaincre les personnels de l’ambassade de France à Londres de le rejoindre. Parce que tous les fils se touchent dans un dernier acte dramatique qui m’a donné envie de rouvrir mes livres d’histoire… et de voir la suite, prévue pour le 3 juillet prochain.

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Après Les Rayons et les Ombres, et avant Moulin et Notre Salut, La Bataille de Gaulle témoigne d’une nouvelle génération de cinéastes qui aborde la Seconde Guerre mondiale de manière décomplexée, sinon inédite. Sans tabou, Antonin Baudry dépoussière la statue du commandeur et met en exergue la détermination presque maladive d’un homme seul contre tous. Il l’humanise, à défaut de le comprendre totalement. Son divertissement populaire, au sens noble du terme, est aussi un grand film politique qui interroge un héritage dont la plupart de nos responsables se revendiquent encore. Et dont on n’a pas fini d’entendre parler.

>> La Bataille de Gaulle de Antonin Baudry. Avec Simon Abkarian, Simon Russell Beale, Florian Lesieur. 2h40. En salles.

Jérôme VERMELIN