Un vaisseau d’acier aux reflets cuivrés s’est posé sur la pointe amont de l’île Seguin, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Ce complexe de 53 000 mètres carrés, aux volumes savamment imbriqués, a été baptisé « La Pointe des Arts ».
Il abrite bureaux, boutiques, cinémas et hôtel 4 étoiles, répartis le long d’une « rue » centrale et surtout, surplombant l’ensemble, un centre d’art contemporain, appelé Le Large, joyau de l’opération. Son nom évoque à la fois la topographie insulaire du lieu, cerné par les deux bras de la Seine, et sa philosophie : « Invitation à déplacer les regards, à ouvrir les horizons », ainsi que son ambition : « Accueillir le public le plus large possible », expliquait, lors d’une première présentation en mai, son initiateur, Laurent Dumas, patron du groupe immobilier Emerige, et collectionneur bien connu. Aujourd’hui, même si le chantier, démarré en 2022, touche à sa fin, les ouvriers s’affairent toujours. Mais promis ! Le Large, signé par le cabinet catalan RCR, prix Pritzker 2017 et concepteur du musée Soulages de Rodez, ouvrira le 17 octobre prochain…
Un nouveau centre d’art contemporain sur le territoire du Grand Paris
Certains s’interrogeront sur la pertinence d’une telle implantation, sachant que Paris regorge déjà de centres d’art privés, de la Fondation Vuitton à la Collection Pinault de la Bourse de Commerce et à la Fondation Cartier qui vient de réemménager place du Palais-Royal, sans oublier la Fondation Pernod Ricard et la Fondation Lafayette Anticipation.
Le Large, vue côté Meudon © RCR Arquitectes. Photo : Nicolas Trouillard/Emerige
Le Large se distingue pourtant de ses homologues parisiens. D’abord, par l’objectif que s’est fixé Laurent Dumas : défendre la scène hexagonale. Et bien sûr, par sa localisation. À l’ouest de la capitale, il s’ancre dans le territoire du Grand Paris, en plein développement. Qui plus est, il est situé sur l’île Seguin, emblème industriel de la France dont le nom, indissociable de celui de Renault, continue de résonner dans la mémoire collective. Ici travaillaient 30 000 ouvriers qui ont produit des millions de véhicules, dont la fameuse 4 L, jusqu’à la fermeture des usines en 1992.
Renault et l’île Seguin en quelques dates
Un nouveau lieu de la « Vallée de la Culture »
Au début des années 2000, c’est également ici que l’homme d’affaires François Pinault avait espéré installer sa collection, avant d’y renoncer, faute d’avoir obtenu le soutien du maire de Boulogne-Billancourt, Jean-Pierre Fourcade. Cette fois, l’inverse s’est produit. C’est son successeur, Pierre-Christophe Baguet qui, en 2016, a proposé à Laurent Dumas d’investir le site amont de l’île, et de l’insérer dans le projet d’aménagement « Vallée de la Culture » lancé en 2008 par le département des Hauts-de-Seine. L’idée étant de valoriser culturellement cet environnement, de part et d’autre du fleuve, en contrebalançant l’offre parisienne pléthorique.
Le Large-Centre d’art de la Pointe des Arts-Île Seguin © RCR Arquitectes. Photo : Nicolas Trouillard/Emerige
De fait, le projet prend forme, car les atouts sont nombreux. La Cité de la céramique de Sèvres et le musée des Années 30 de Boulogne-Billancourt seront bientôt rejoints par le musée du Grand Siècle à Saint-Cloud. Les travaux de rénovation et d’extension du musée-jardin Albert Kahn, à Boulogne-Billancourt, achevés en 2016, se sont inscrits dans cette dynamique, comme la restauration en 2019, de La Tour aux Figures de Jean Dubuffet, située sur l’île Saint-Germain, à Issy-les-Moulineaux. Sur l’île Seguin elle-même ont été réalisés des aménagements. Sur la pointe aval est implantée depuis 2017, la Seine Musicale, dont le rayonnement est international, et dans sa proximité a été inauguré, en janvier 2026, le parc de sculptures Gauthier-Mougin sur une superficie de 1,6 hectare. Le Large parachève donc la vocation culturelle de l’île.
Un hommage à l’histoire de l’île, indissociable de Renault
Pour arriver au centre d’art, il faut franchir une passerelle, en partant soit du côté de Boulogne-Billancourt, soit du côté de Meudon. Puis on emprunte la « rue » bordée des bâtiments, dans laquelle sont ménagées de jolies perspectives sur les berges de la Seine. Elle mène à un impressionnant atrium, équipé de gradins. Un escalier mécanique conduit au 4e étage, ouvert à tous. On peut venir s’asseoir dans un café, ou simplement admirer le paysage depuis une terrasse panoramique.
Vue de la Pointe des Arts de l’Île Seguin, vue côté Boulogne. Photo : Nicolas Trouillard/Emerige
C’est à ce niveau que s’effectue l’entrée des expositions, en accès libre pour les moins de 26 ans. S’y déploie une salle modulable de 1 000 mètres carrés. Impressionnante avec son plafond incliné, elle culmine à 14 mètres de hauteur et sa baie vitrée donne sur une terrasse plantée. Deux autres salles de 500 mètres carrés chacune se trouvent au 5e et 6e étages, offrant une vue plongeante sur la salle principale.
Madeline Hollander, Sunrise / Sunset, 2021. Vue d’installation, Dietch LA, 2022. Photo : Joshua White
« Pour l’exposition inaugurale, il était impensable de ne pas rendre hommage à l’histoire du lieu », commente Laurent Dumas. D’autant que l’île Seguin, cœur industriel de Renault, fut aussi un laboratoire d’expérimentation artistique. À la fin des années 1960, le constructeur automobile avait en effet lancé un programme intitulé « Recherche, Art et Industrie », et invité des artistes tels Dubuffet, Arman, Erro, Tinguely, Rauschenberg ou encore Vasarely, à venir travailler dans les ateliers, en profitant des savoir-faire. C’est ainsi qu’au fil des années, Renault s’est constitué une importante collection.
Théo Mercier, Origins of speed, 2026, produite pour « Moteur imaginaire », première exposition du Large ur l’ïle Seguin, du 17 octobre 2026 au 7 mars 2027.
Intitulée « Moteur imaginaire », cette première exposition (du 17 octobre 2026-7 mars 2027) réunira quelque 120 œuvres signées de 55 artistes, dont 50 issues du Fonds Renault, auxquelles s’ajoutent 17 commandes passées à des créateurs contemporains. Comme le résume CeciIia Alemani, la commissaire, directrice artistique de la 59e Biennale de Venise, elle « puise son inspiration dans l’héritage symbolique du site des usines Renault, et explore le mythe de l’automobile, symbole de modernité et témoin des mutations de la société ». Vaste programme.




