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Rédaction La Gazette de la Manche
Publié le
4 juin 2026 à 19h04
La commune de Saint-James a en effet décidé d’acquérir un instrument historique en provenance d’Allemagne, symbole fort de coopération européenne et d’amitié franco-allemande.
Une longue attente depuis 2017
Depuis l’effondrement d’une voûte en novembre 2017, qui avait entraîné la destruction de l’orgue Merklin, l’église saint-jamaise était privée de cet instrument essentiel à la vie liturgique et culturelle. Malgré la réouverture de l’édifice au public en novembre 2021, ce vide persistait.
« Une église sans orgue, ce n’est pas vraiment une église », confiait Yannick Duval, rappelant le rôle central de cet instrument dans les célébrations religieuses et les événements musicaux.
Un orgue sauvé d’un destin incertain
La solution est venue d’Allemagne, et plus précisément du village de Keyenberg, près d’Erkelenz, ville jumelée avec Saint-James. L’église Sainte-Croix de Keyenberg, désacralisée et un temps promise à la disparition dans le cadre de l’extension d’une mine de lignite à ciel ouvert, abritait un orgue datant de 1886.
Cet instrument, propriété de la société énergétique RWE, qui exploite depuis des décennies la mine de lignite « grignotant » progressivement le territoire d’Erkelenz, était lui aussi voué à disparaître. La lignite extraite sur place est utilisée pour produire de l’électricité.
Mais grâce aux liens étroits entre les deux communes, une opportunité de sauvegarde a émergé. Sensibles à la situation de Saint-James, les partenaires allemands se sont mobilisés pour permettre la cession de l’orgue. Après négociation, celui-ci a été vendu à la commune pour la somme de 15 000 €.
Un projet encadré et patrimonial
Classé monument historique en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, l’orgue ne pouvait être transféré qu’à des conditions strictes. La législation allemande impose en effet que son démontage, sa restauration, son transport et sa réinstallation soient confiés à un facteur d’orgue agréé.
C’est donc la société Stahlhuth, basée à Aix-la-Chapelle et déjà à l’origine de la construction de l’instrument en 1886, qui pilote l’ensemble du processus.
Après une semaine de démontage en Allemagne, une équipe de cinq artisans a rejoint Saint-James le 27 mai, après dix heures de route. Depuis le milieu de semaine, ces facteurs d’orgue allemands sont à pied d’œuvre dans l’église Saint-Jacques. Pendant environ une semaine, ils procèdent au montage de l’orgue de Keyenberg, une installation à la fois spectaculaire et minutieuse qui marque une étape décisive du projet.
Plusieurs élus et acteurs locaux sont venus constater l’avancée du chantier et saluer le travail des artisans, parmi lesquels Jean-René Guérin, Anne Delfraissy, Don Valentin et Yannick Duval.
Un instrument quasi identique
L’orgue de Keyenberg présente des caractéristiques très proches de l’ancien orgue Merklin. Composé de 19 jeux répartis sur deux claviers, il mesure 3,72 mètres de haut. Sa façade en chêne et sa structure en sapin témoignent de son authenticité.
Rénové une première fois en 1986 pour son centenaire, l’instrument s’apprête aujourd’hui à entamer une nouvelle vie à Saint-James, à l’occasion de son 140e anniversaire.
Ce chantier est aussi l’occasion de préparer l’avenir musical de l’instrument. Un échange a notamment eu lieu avec Vincent Tourneux-Malin, l’un des organistes qui aura prochainement le plaisir de le faire sonner.
Un coût conséquent, des aides sollicitées
Si l’achat de l’orgue reste relativement modeste, sa restauration et son installation représentent un investissement important : environ 110 000 €, auxquels s’ajoutent les frais annexes (hébergement des artisans, transport, TVA allemande de 19 %).
Le coût total de l’opération est estimé à 178 500 €. Pour en assurer le financement, la commune a décidé de solliciter des aides, notamment via les fonds européens LEADER, qui pourraient couvrir jusqu’à 60 000 €, ainsi que le soutien de l’association des Amis de l’Orgue.
Un symbole fort du jumelage
Au-delà de l’aspect patrimonial, ce projet incarne pleinement l’esprit du jumelage entre Saint-James et Erkelenz. Depuis des décennies, les échanges entre les deux villes sont nombreux : chorales, concerts, manifestations culturelles.
Lors de la catastrophe de 2017, une solidarité s’était déjà exprimée, avec des dons, des concerts et une mobilisation allemande qui avaient permis de collecter près de 10 000 €. Aujourd’hui, cette coopération trouve un nouvel écho avec l’arrivée de l’orgue, symbole concret de l’amitié franco-allemande.
Toujours dans le cadre de ce jumelage, un groupe de 44 habitants de Saint-James se rendra à Erkelenz du 3 au 8 juin, à l’occasion du Lambertusmarkt (une fête comparable à la Saint-Macé), organisée cette année dans le cadre des célébrations du 700e anniversaire de l’octroi de la charte de ville à Erkelenz.
À cette occasion, Jean-René Guérin, maire de Saint-James, effectuera son premier déplacement dans la ville jumelle, qu’il ne connaît pas encore, à l’invitation de son homologue allemand.
Dans la continuité de ces échanges, le comité de jumelage organise une seconde soirée du jumelage le 13 juillet au soir, à l’Espace Guillaume le Conquérant, sous forme de repas dansant. Une partie de la délégation allemande présente pour l’inauguration de l’orgue y participera, dont le maire d’Erkelenz.
Outre la chorale « Jugendchor » (chorale de jeunes), cette délégation sera également composée de « citoyens d’honneur » de Saint-James, soulignant la dimension humaine et durable de ces relations entre les deux villes.
Un événement inaugural attendu
L’inauguration officielle est prévue le samedi 11 juillet à 20h00, lors d’un concert exceptionnel dans l’église Saint-Jacques. Une délégation d’une quarantaine d’Allemands fera le déplacement, conduite par le maire d’Erkelenz, Stefan Muckel.
Seront également présents des membres de la « Jugendchor », ainsi que l’organiste bien connu Norbert Brendt, fidèle des échanges entre les deux villes depuis les années 1970.
Un livret souvenir retraçant l’histoire de l’orgue et son voyage entre Keyenberg et Saint-James sera distribué à cette occasion.
Une histoire européenne
De sa construction en 1886 à Aix-la-Chapelle à son installation en 2026 en Normandie, en passant par sa rénovation en 1986, cet orgue aura traversé les époques et les frontières.
Son arrivée à Saint-James illustre à la fois la préservation du patrimoine, la solidarité entre territoires et la vitalité des relations européennes.
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