Jeteuse de sorts enfourchant un balai pour se rendre au sabbat, la sorcière est une figure ambigüe qui a été diabolisée au XIVe siècle, puis érigée en symbole féministe au XXe siècle. Entre invention et fantasme, elle a déchaîné les imaginaires des artistes, comme l’illustre l’exposition au château des ducs de Bretagne à Nantes.
Entre les XVe et XVIIe siècles, les historiens dénombrent, dans une partie de l’Europe, près de 110 000 victimes de la chasse aux sorcières. On les accuse tour à tour de cannibalisme, de déclencher la grêle sur une récolte, de tuer un animal, de réduire la production de lait d’une vache, de séduire un homme ou d’empoisonner des individus… Les procès alignent, avec des arguments absurdes, et souvent, c’est la torture qui arrachait des aveux – mais pratiquée avec « modération », se défend-on dans les actes du procès de Catherine Quicquat à Vevey en 1448, sans aller « toutefois (…) jusqu’à la mort, à l’effusion de sang et à la mutilation des membres ».
Magie blanche, magie noire
La figure de la sorcière évolue et se charge au fil des siècles de nombreux imaginaires qui se superposent, et que l’exposition « Sorcières » au château des ducs de Bretagne – musée d’histoire de Nantes explicite. La commissaire et directrice scientifique du musée, Krystel Gualdé, s’attaque aux idées reçues, revient sur les faits historiques et sur les mécanismes à l’origine de la construction de cet archétype, de l’Antiquité à nos jours. Au temps d’Homère, elle est magicienne, celle que l’on consulte pour guérir, pour se protéger, pour interpréter un oracle. Mais l’antiquité grecque nourrit…