Le créateur de mode fétichise différents types de matières, qui, à l’époque, étaient jugées comme de mauvais goût. Mais pour Versace, cela n’avait pas d’importance : le satin et le cuir s’alliaient, tandis que la maille métallique s’associait à des motifs baroques, des chaînes dorées, ou à des inspirations animales. Ses combinaisons de couleurs, quant à elles, sont franches et contrastées, quasiment joaillières — doré, bleu, noir, rouge, rose fuchsia ou vert émeraude. « Avec cette rétrospective, on voulait faire en sorte que les visiteurs comprennent à quel point l’artisanat était un point d’honneur pour Gianni Versace, mais surtout, comment cet homme célébrait la mode sans contrainte », expliquent Karl von der Ahé et Saskia Lubnow, les commissaires de l’exposition.
C’est sur son vécu personnel que Gianni Versace s’appuie pour créer de toutes pièces son vestiaire. En passant de son enfance dans le sud de l’Italie aux boîtes de nuit gays du New York des années 1990, Versace introduit une idée nouvelle dans la haute couture : celle d’un vêtement conçu pour raconter une histoire, entre séduction et provocation, détaché des limites du « bon goût ».
Cette combinaison d’influences artistiques et de recherche de spectacle fait de son style une véritable signature, reconnaissable au premier regard. « Les visiteurs ne peuvent rien manquer de l’exposition : le parcours [conçu par la scénographe Natalie Crinière] conçu pour que l’on retienne chaque détail et chaque idée derrière chaque archive. La rétrospective ne se résume pas qu’à ça, mais aussi à ses interviews et à ses illustrations auxquelles a eu beaucoup de mal à avoir accès », précisent les commissaires.

© Marko Berkholz
Un héritage durable dans la mode et la culture contemporaine
Au-delà de son esthétique flamboyante, Gianni Versace a profondément marqué l’histoire de la mode par l’héritage qu’il laisse derrière lui. Depuis son assasinat en 1997 , la maison Versace a continué de perpétuer son esthétique – sous le crayon de sa sœur adorée Donatella Versace – tout en l’adaptant aux évolutions contemporaines. Son univers reste aujourd’hui une source d’inspiration majeure pour de nombreux créateurs, qui reprennent ses codes d’exubérance et de sensualité, et une approche de la mode libre et décomplexée.
Gianni Versace a également eu un rôle-clé dans la médiatisation des supermodels dans les années 1990. Le magnat de la mode est l’un des premiers à transformer des mannequins en véritables célébrités internationales, en les mettant au centre de ses défilés et de ses campagnes. Des figures emblématiques comme Naomi Campbell, Linda Evangelista, Claudia Schiffer ou encore Cindy Crawford deviennent ainsi indissociables de l’image de la maison. Le défilé automne-hiver 1991 reste encore inoubliable : ces modèles y apparaissent ensemble, chantant « Freedom! ‘90 » de George Michael, dans une mise en scène spectaculaire qui brouille les frontières entre la mode et la musique. Un mix de cultures et d’univers qui, après avoir marqué son temps, continue d’étendre son influence sur notre époque.