La proportion d’immigrés au sein de la population française n’a jamais été aussi élevée. En 2025, 8 millions d’immigrés résidaient en France, soit 11,6 % de la population totale, contre 7,7 millions en 2024, selon des estimations de l’Insee publiées jeudi 4 juin.
Ces chiffres ont été publiés en parallèle d’une autre étude plus médiatisée par l’Insee sur les flux migratoires en 2024, où l’on apprend que les entrées d’immigrés en France ont reculé de 10 % entre 2023 et 2024 et retrouvent leur niveau d’avant-crise sanitaire.
Autre indicateur : la France compte 6,3 millions d’étrangers, en règle ou non, sur son territoire en 2025, soit 9,1 % de sa population, contre 6 millions en 2024. Précision essentielle : ces deux chiffres – 8 millions d’immigrés et 6,3 millions d’étrangers – ne s’additionnent pas, 5,3 millions d’immigrés de nationalité étrangère entrant dans les deux catégories, tandis que 2,6 millions ont acquis la nationalité française, et qu’un million d’étrangers sont nés en France et ne sont donc pas des immigrés.
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Explosion des visas humanitaires
Ces nouvelles estimations s’inscrivent dans la lignée de celles publiées par le ministère de l’Intérieur en janvier, faisant état d’une hausse de 11,2 % des premiers titres de séjour délivrés en 2025. Cette progression tient, selon Beauvau, à la hausse des titres accordés pour motif d’admission humanitaire (+65 %), notamment pour « protection subsidiaire » (+133 %) et « réfugié et apatride » (+45 %). En 2025 également, 955 000 renouvellements de titres de séjour ont été accordés, en hausse de 7,6 % par rapport à 2024.
En 2024, toujours selon l’Insee, 438 000 personnes ont donc rejoint la France. Un niveau en recul après quatre années dominées par la crise sanitaire et la guerre en Ukraine – 490 000 arrivées en 2022, 467 000 en 2023. En 2022, le solde migratoire, soit les entrées moins les sorties, avait doublé (+348 000) par rapport à 2021 (+159 000), sous l’impulsion de l’afflux massif d’Ukrainiens (46 200 en 2022 contre 1 700 en 2021). « Pour les années 2023 et 2024, le solde migratoire n’est pas encore connu, mais les entrées sur le territoire donnent de premières informations », précise l’Insee.
Près de la moitié des immigrés établis en France en 2025 sont originaires d’Afrique (49,2 %), et près d’un tiers d’Europe (30,3 %). Les pays de naissance les plus représentés restent l’Algérie (12,6 %), le Maroc (11,7 %) et le Portugal (7,2 %).
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Une analyse partielle
Comment expliquer la persistance de ces flux migratoires ? En conférence de presse, Loup Wolff, chef de l’unité des études démographiques et sociales de l’Insee, a évoqué « une conjonction de phénomènes », allant des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient aux raisons environnementales, en passant par l’héritage du colonialisme. « Je vous renvoie également vers les travaux qui permettent de contextualiser ces flux migratoires au regard de l’histoire de chacun de nos pays, et notamment de l’histoire liée à la période coloniale. […] On le voit en France, où les pays d’origine des personnes qui entrent sur le territoire sont des pays qui, à un moment donné, ont eu des liens forts avec le territoire national », poursuit Loup Wolff.
Une analyse qui ne dit rien des raisons économiques, à l’origine de 13,3 % des primo-délivrances de titres de séjour et de 15,8 % des visas de long séjour, mais surtout des motifs étudiants, qui justifient 30,7 % des primo-délivrances de titres de séjour et 40,5 % des visas de longue durée.