Par
Camille Descroix
Publié le
13 mai 2025 à 19h06
; mis à jour le 13 mai 2025 à 23h38
Ukraine, sujets de société, retraites, finances publiques… Emmanuel Macron, qui poursuit son entreprise de reconquête de l’opinion, avait rendez-vous avec les Français dans une émission grand format ce mardi 13 mai 2025 sur TF1, à partir de 20 h 10.
Pendant plus de trois heures, le chef de l’État a répondu aux questions du présentateur Gilles Bouleau, de la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, du maire de Béziers Robert Ménard ou encore de la directrice générale d’Oxfam France, Cécile Duflot.
Il a aussi été interpellé par d’autres personnalités publiques au profil atypique, comme Tibo InShape, le youtubeur fitness aux 26 millions d’abonnés, Salomé Saqué, journaliste engagée sur les sujets environnementaux, Charles Biétry, ex-journaliste sportif atteint de la maladie de Charcot, ou encore Agnès Verdier-Molinié, directrice d’un think tank libéral.
Voici les principales annonces du chef de l’État.
Sport à l’école : « c’est une école de la confiance »
Interrogé par le Youtubeur fitness Tibo InShape sur la pratique du sport à l’école et sur l’obésité chez les jeunes, Emmanuel Macron défend les deux heures en plus dans les collèges. « On doit aussi encourager la pratique sportive chez les adultes », souligne-t-il.
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« Grâce aux Jeux olympiques, nous avons mené une révolution culturelle. Les 30 minutes de sport tous les jours à l’école, c’est un formidable instrument de prévention de surpoids. C’est une école de la confiance », détaille-t-il.
Santé mentale chez les jeunes : « tout n’a pas encore été fait », dit Macron
La journaliste de Blast Salomé Saqué interroge Emmanuel Macron sur la santé mentale chez les jeunes. « Les pensées suicidaires explosent. Avez-vous été à la hauteur ? », interroge-t-elle.
Le président estime que « toutes les mesures » n’ont pas encore été prises à ce jour. Il pointe la responsabilité des réseaux sociaux sur ce sujet.
« Pendant des décennies, nous n’avons pas formé assez de psychiatres dans le pays », ajoute-t-il. Selon lui, il n’y a aujourd’hui « pas de culture de coopération » entre les psychiatres à l’hôpital et les psychologues en ville.
Salomé Saqué l’interroge également sur la précarité chez les jeunes. « Vous avez été le président de la reproduction des inégalités. Un jeune sur quatre ne mange pas à sa faim », souligne-t-elle. Cinq millions de jeunes ne peuvent pas se loger, ajoute-t-elle.
Emmanuel Macron répond vouloir améliorer le suivi à l’école et souhaite développer le lycée professionnel. Il souligne néanmoins un paradoxe pour les étudiants : « Notre pays est l’un des pays où étudier est le moins cher […] mais ils sont confrontés à deux phénomènes : le (coût du) logement dans les grandes villes et notre système est aveugle sur la situation des jeunes ».
Macron se dit favorable à un référendum sur la fin de vie si le débat s’enlise au Parlement
Actuellement discutées à l’Assemblée nationale, les propositions de loi sur la fin de vie – sur les soins palliatifs et l’aide à mourir – occupent le débat et divisent les députés.
L’ex-journaliste sportif Charles Biétry, atteint de la maladie de Charcot, et dépourvu de la capacité de parler, interroge Emmanuel Macron sur ce sujet.
« Je souhaite que le texte engagé aujourd’hui soit voté. Je pense qu’il faut faire évoluer notre droit », lui répond le chef de l’État.
Questionné sur un possible référendum, le chef de l’État appelle dans un premier temps à laisser le texte poursuivre son chemin parlementaire.
Si cela n’aboutissait pas, il n’exclut pas la piste d’un référendum qui pourrait être « une voie pour débloquer » le sujet « en cas d’enlisement ».
Sur les référendums, Macron annonce vouloir « plusieurs référendums dans les mois qui viennent », en « même temps ». Il évoque des questions liées aux « grandes réformes économiques », à l’éducation et au social.
Louer des places de prison à des pays étrangers ? Macron se dit prêt
Interpellé par Robert Ménard sur les places de prisons, Emmanuel Macron estime qu’il y a « des délinquants et des criminels qu’il faut mettre en prison ».
En 2017, le chef de l’État avait promis la construction de 15 000 places de prison, seules 5 000 ont été construites depuis le début de son mandat, lui rappelle le maire de Béziers. Le président assure vouloir « accélérer » les choses.
« Elles doivent être faites avec des règles de protections beaucoup plus simples, on peut alléger les normes », affirme-t-il. Il se dit prêt à « louer » des places en prison « là où elles sont disponibles », notamment à l’étranger.
Il assure aussi qu’il est favorable à ce que les détenus participent à leurs frais de détention, comme l’a évoqué le ministre de la Justice, Gérald Darmanin.
La drogue est « un fléau, une épidémie », estime Macron
Interrogé sur la lutte contre le trafic de drogues, Emmanuel Macron répond : « On a vu monter des trafics de drogues partout en France, partout en Europe, oserais-je dire partout dans le monde ».
« C’est un fléau, c’est une épidémie », ajoute le chef de l’État. Il estime que la loi narcotrafic « va changer les choses » et va permettre « de démultiplier les opérations sur le terrain ».
De son côté, le maire de Béziers et figure de l’extrême droite Robert Ménard l’interroge sur la sécurité. Il réclame sur le plateau de TF1 plus de pouvoirs pour la police municipale.
« Je souhaite que le gouvernement puisse prendre une loi qui permette à la police municipale, sous l’autorité du procureur, de faire les saisines, les flagrances, les amendes forfaitaires délictuelles, les actes du quotidien, si les maires le souhaitent », lui répond Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron refuse de parler de « génocide » à Gaza
Un médecin humanitaire s’exprime en vidéo sur la situation humanitaire catastrophique à Gaza, évoquant un « génocide caractérisé ». « Qu’allez-vous faire ? L’histoire vous jugera », lance-t-il au président.
« S’agit-il d’un génocide ? », demande à son tour Gilles Bouleau. « Ce n’est pas à un responsable politique d’employer ces termes, c’est aux historiens de le faire en temps voulu », répond Emmanuel Macron. « C’est un drame et c’est horrible. Moi, mon boulot, c’est de tout faire pour que ça s’arrête », assure-t-il.
Ce que fait le gouvernement de Benyamin Netanyahou est inacceptable. C’est une honte.
Emmanuel Macron
Président de la République
Macron veut aider les Français à « constituer un patrimoine »
Cécile Duflot, ancienne ministre écologiste et présidente de l’ONG Oxfam, interroge à son tour le président, en vidéo. « Comment le candidat du travail que vous étiez est-il devenu le président des rentiers », tacle-t-elle.
Emmanuel Macron ne se dit « pas d’accord avec cette analyse ». « Les gestes fiscaux ont été dans le sens » des plus modestes, se défend-il. Il estime ne pas être allé « assez loin ». « Je ne crois pas que la solution soit dans la taxation (sur l’héritage) : la clé est d’aider nos compatriotes à constituer un patrimoine dans leur vie », ajoute Emmanuel Macron.
Trop de normes, concède Emmanuel Macron
Le chef de l’État est questionné sur l’empilement des normes. Un reportage vidéo, diffusé sur le plateau de TF1, illustre le cas d’un chef d’entreprise qui déplore le nombre de normes auquel il est confronté.
« Sur la simplification et les normes, c’est un combat important », répond Emmanuel Macron. « Il y en a encore trop, des normes françaises et européennes », selon lui, ajoutant que « c’est un point sur lequel on peut avoir des majorités ».
« Pourquoi la dette de la France a explosé ? »
Agnès Verdier-Molinié, présidente de la fondation iFRAP (Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques), un think tank libéral, interroge Emmanuel Macron sur les finances publiques de la France.
« Ne pensez-vous pas qu’il est temps de sortir de l’engrenage de la dette publique ? N’est-il pas temps de sauver notre pays qui mérite mieux que ce déclassement ? », interroge-t-elle, faisant référence au déficit public du pays.
« On a protégé notre appareil de production, nos restaurateurs, nos entreprises… », défend Emmanuel Macron, au sujet des dépenses engagées lors de la crise sanitaire liée au Covid. « Oui, on a dépensé beaucoup d’argent mais on a prévenu une [hausse massive du taux] de chômage », argumente-t-il.
Le présentateur Gilles Bouleau évoque le dernier rapport de la Cour des comptes qui alerte sur des « dépenses publiques en roue libre ». Pour Emmanuel Macron, les dépenses « sont sous contrôle ».
Emmanuel Macron ne veut pas de référendum sur la réforme des retraites
Sophie Binet interroge le chef de l’État sur la réforme des retraites, qui décale progressivement l’âge de départ à la retraite à 64 ans. « Pourquoi vous acharner à imposer cette réforme ? », lance la secrétaire générale de la CGT. Cette dernière lui demande d’organiser un référendum sur l’abrogation de cette loi.
« La réponse est non », déclare Emmanuel Macron dans un échange tendu avec la secrétaire générale de la CGT. « Si on ne le réformait pas, on accumulait les déficits », justifie le président, estimant que la réforme « permettra de dégager environ 17 milliards d’euros ».
« Le pays en a besoin, et il y a un conclave lancé actuellement par le Premier ministre. Mon souhait, c’est de laisser le gouvernement et les syndicats travailler. S’ils peuvent améliorer la chose, très bien », concède le chef de l’État.
Pour Sophie Binet, il existe des solutions pour financer le système des retraites, comme taxer le patrimoine des Français les plus riches (taxe Zucman) ou revenir sur les exonérations sociales faites aux entreprises.
Sophie Binet demande de nationaliser ArcelorMittal, Macron dit non
C’est au tour de Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, d’interroger Emmanuel Macron, notamment sur les plans de licenciements en France.
« Ce sont des usines qu’on ferme, des territoires qui sont dévastés, des salariés, des familles abandonnées et c’est le tapis rouge qu’on déroule à l’extrême droite. Et pendant ce temps-là, vous ne faites rien, vous ne dites rien. Monsieur le Président, cette situation-là, c’est le résultat de votre politique », dénonce Sophie Binet. « Depuis 2017, on a créé plusieurs millions d’emplois » industriels, se justifie le président de la République.
« Allez-vous nationaliser Arcelor, comme l’ont fait les Britanniques et les Italiens pour protéger leur industrie et leur sidérurgie ? », demande Sophie Binet au chef de l’État. « Non, je ne vais pas nationaliser ArcelorMittal. Ce serait dépenser des milliards d’euros », répond Emmanuel Macron.
Le président estime que le soutien au sidérurgiste, qui veut supprimer 600 postes, ne doit pas passer par la nationalisation, mais par « une politique européenne qui protège notre acier ».
Nous sommes en train de nous battre pour protéger le marché européen de l’acier afin d’empêcher la concurrence de l’acier indien et chinois.
Emmanuel Macron
Président de la République
Donald Trump « abîme la croissance américaine »
Questionné sur la stratégie de Donald Trump, qui a augmenté tous azimuts les droits de douane, Emmanuel Macron juge que le président américain « abîme la croissance américaine ». « Ça ne marche pas pour son économie », a-t-il insisté.
« Dans les mois qui viennent, nous allons tout faire pour rouvrir le marché chinois », souligne Emmanuel Macron, en prenant l’exemple du cognac. « Nous résistons mieux que certains voisins », a-t-il ajouté.
Emmanuel Macron réaffirme sa menace de « sanctions » sur la Russie
Interrogé par le journaliste Darius Rochebin sur la guerre en Ukraine, Emmanuel Macron a réitéré sa volonté d’un cessez-le-feu entre la Russie et l’Ukraine. « Ce qui se joue en Ukraine, c’est notre sécurité. Notre objectif est d’obtenir un cessez-le-feu pendant trente jours », a-t-il déclaré.
Le président Vladimir Poutine est toujours silencieux sur la proposition du président ukrainien d’une rencontre pour négocier. « Comme à chaque fois, on attend plutôt la réponse de la Russie », a déclaré Emmanuel Macron.
Si la Russie ne respecte pas le cessez-le-feu, les pays européens vont prendre « dans les prochains jours » des sanctions supplémentaires à l’encontre de la Russie sur « des services financiers et les hydrocarbures », a-t-il ajouté.
On ne veut pas faire la Troisième Guerre mondiale !
Emmanuel Macron
Président de la République
À propos d’un éventuel cessez-le-feu, le président a évoqué la question d’une « supervision » avec des « forces de réassurance ». Si Kiev et Moscou arrivaient à un accord de paix, il faudra continuer de « former, équiper, accompagner » l’Ukraine, a expliqué le chef de l’État. « Qu’est-ce que c’est le bon format de l’armée ukrainienne pour empêcher les Russes de revenir dans deux ans et trois ans ? », a-t-il interrogé.
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