Chaque jour, pendant que vous balayez votre terrasse ou rincez votre gouttière, vous jetez à la poubelle de la matière venue du cosmos. La Terre reçoit quotidiennement environ 100 tonnes de poussière extraterrestre, principalement sous forme de micrométéorites invisibles à l’œil nu. Ce n’est pas une métaphore : ce sont de véritables fragments d’astéroïdes et de comètes, tombés en silence sur votre toit, votre voiture, votre jardin.
À retenir
- 100 tonnes de poussière cosmique tombent chaque jour sur Terre, mais personne ne s’en aperçoit
- Un musicien amateur a découvert l’impossible : des micrométéorites urbaines que les experts croyaient introuvables
- Ces grains minuscules contiennent les briques chimiques de la vie : et si c’était l’origine de tout ?
Sommaire
- Une pluie invisible, mais permanente
- Un musicien de jazz qui a trouvé l’espace dans sa gouttière
- Ce que ces grains nous disent sur l’origine de la vie
- Chercher des étoiles sur son toit : mode d’emploi
Une pluie invisible, mais permanente
La Terre est continuellement soumise à une pluie de poussières cosmiques qui tombent, de jour comme de nuit, sur terre comme dans les océans. Le chiffre donne le vertige : environ 5 200 tonnes de micrométéorites de moins de 700 micromètres tombent chaque année sur Terre, soit à peu près l’équivalent du poids de la Tour Eiffel… chaque mois. C’est le principal apport de matière extraterrestre sur notre planète, loin devant celui des objets de plus grandes tailles comme les météorites, dont le flux est inférieur à une dizaine de tonnes par an.
Ces éléments sont si petits qu’il est impossible de les apercevoir à l’œil nu, leur taille fluctuant entre 30 et 200 micromètres. Pour se représenter ce que cela signifie : un cheveu humain mesure environ 70 micromètres de diamètre. Ces grains de l’espace sont donc de la taille de ce qu’on appelle, sans y réfléchir, de la « poussière ». Ces projectiles cosmiques minuscules sont mêlés à plus de 17 millions de tonnes métriques de poussière terrestre se déplaçant quotidiennement dans l’atmosphère, ce qui les rend difficiles à distinguer. Autant chercher un grain de sel dans une plage entière.
Les poussières interplanétaires voyagent à grande vitesse. Lorsqu’elles rencontrent l’atmosphère de notre planète, à plusieurs dizaines de km/s, elles chauffent un long tube de gaz sur leur passage, ce qui donne naissance au phénomène des étoiles filantes. Certaines sont totalement détruites lors de leur entrée atmosphérique, une autre partie survit, ralentit et atteint la surface terrestre sous forme de micrométéorites. Chaque étoile filante que vous avez contemplée un soir d’été était, en réalité, la crémation d’un fragment de l’espace profond.
Un musicien de jazz qui a trouvé l’espace dans sa gouttière
Jon Larsen, musicien de jazz norvégien et scientifique amateur, a réussi à faire quelque chose que les experts estimaient impossible : trouver des micrométéorites, ces fragments de poussière cosmique, au milieu des débris de l’habitation humaine. Tout a commencé de manière prosaïque. Larsen, qui travaille au département de géosciences de l’Université d’Oslo, a lancé son exploration après qu’un petit point brillant noir est soudainement apparu sur sa table de véranda blanche pendant qu’il mangeait des fraises au petit-déjeuner.
Ce détail fondateur dit tout du personnage. Là où un autre aurait essuyé la table, lui a regardé de plus près. Avant que Jon Larsen ne découvre la première micrométéorite urbaine en 2015, la communauté scientifique estimait qu’il était impossible d’en trouver ailleurs que dans les glaces extrêmement propres et reculées de l’Antarctique. La conviction dominante était que la contamination urbaine rendait toute identification impossible. Larsen a prouvé le contraire.
Après avoir approché de nombreux scientifiques, il a finalement convaincu Matthew Genge, planétologue à l’Imperial College de Londres, d’examiner 48 particules qu’il avait collectées. Genge a analysé leur composition et confirmé que Larsen avait bien réussi à trouver de la poussière extraterrestre parmi les débris terrestres. Dans une étude publiée en janvier 2017 dans la revue Geology, lui et ses collègues ont catalogué plus de 500 micrométéorites, toutes récupérées sur des toits en milieu urbain. Cette découverte a été classée parmi les 100 plus importantes de l’année 2017 par Discovery Magazine.
Sa méthode ? Larsen récoltait les dépôts accumulés dans les gouttières ouvertes, les tamisait, puis utilisait un aimant pour extraire les particules du résidu restant. Les toits plats et larges recouverts de vinyle et entourés de murets sont parfaits pour accumuler ces particules. Il a même trouvé des micrométéorites sur le toit du laboratoire Stardust de la NASA lors d’une visite.
Ce que ces grains nous disent sur l’origine de la vie
Les micrométéorites proviennent de la ceinture d’astéroïdes entre Mars et Jupiter, et des comètes, dont certaines ont été capturées par Jupiter et d’autres qui viennent de beaucoup plus loin, par exemple du nuage de Oort. Le flux de micrométéorites observé est en accord avec la théorie qui prévoit que l’essentiel provient de comètes (80 %), le reste seulement d’astéroïdes.
Des analyses ont maintenant identifié plus de 70 molécules organiques différentes dans la poussière cosmique, dont les vingt acides aminés nécessaires à la construction des protéines, ainsi que du phosphore, des lipides, des sels et de l’eau. Cette liste ressemble à une recette. La recette, peut-être, de la vie. L’apport extraterrestre de matière organique sur la Terre primitive, il y a environ 4 milliards d’années, est quelque chose qui est vraiment regardé très sérieusement par la communauté scientifique. L’objectif est de trouver dans ces micrométéorites des composés organiques qui auraient pu participer à l’apport prébiotique sur la Terre primitive.
Certaines micrométéorites contiennent même de l’eau et des molécules organiques complexes, des briques élémentaires de la vie, selon les propres mots de Larsen. L’idée que la vie sur Terre ait pu être ensemencée, au moins en partie, par ces minuscules voyageurs interplanétaires n’est plus une hypothèse marginale : elle est prise au sérieux dans les laboratoires du CNRS, du Muséum national d’Histoire naturelle, et chez les partenaires de la NASA.
Chercher des étoiles sur son toit : mode d’emploi
Cette poussière cosmique tombe partout sur Terre. On peut en trouver au fond des océans, dans des sédiments, sur les toits de nos villes, mais dans la plupart des cas, cette composante extraterrestre se trouve rapidement noyée parmi ses homologues terrestres. C’est précisément là le défi : non pas trouver les micrométéorites, puisqu’elles sont partout, mais les reconnaître.
Les micrométéorites traversent l’atmosphère terrestre à une vitesse pouvant atteindre 50 fois celle d’une balle de fusil, et sont soumises à une chaleur et une pression intenses. Ces conditions peuvent transformer les roches d’objets craggy et asymétriques en sphères lisses. C’est cette morphologie particulière qui les trahit sous microscope. Étant donné que de nombreuses météorites sont magnétiques, un aimant à main peut également aider à les isoler.
Jon Larsen mène aujourd’hui ses recherches sur les micrométéorites en tant que chercheur scientifique à l’Université d’Oslo, en collaboration avec des experts de premier plan dans le domaine, dont ceux de la NASA. Son projet, baptisé Project Stardust, a ouvert une discipline entière et transformé nos gouttières en sites de collecte scientifique légitimes. Il reste une question ouverte, et non des moindres : si la poussière cosmique contient les vingt acides aminés nécessaires à la construction des protéines et pourrait avoir fourni un kit complet pour la formation des premières cellules, alors la prochaine fois que vous nettoyez votre toit, vous effacez peut-être les traces d’un voyage de quatre milliards d’années.
Sources : dailygeekshow.com | futura-sciences.com