Malika Menoud fait partie du collectif des messagers de la Tournée du climat et de la biodiversité  (1), composé de scientifiques. Ces messagers ont conçu les contenus scientifiques de l’exposition visible à l’hôtel du département, à Nantes, et guident le public lors des visites. Malika Menoud est spécialiste de la physique et de la chimie de l’atmosphère et plus particulièrement de la mesure des émissions de méthane. Elle est également chercheuse pour le Programme des Nations unies pour l’environnement.

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Le climat, on en entend parler tout le temps. Et au fond, pas tant que ça, si on considère les enjeux. Les visiteurs de l’expo sont-ils bien informés ?

Il y a des profils d’adultes très sensibilisés et c’est impressionnant comme les enfants du primaire savent beaucoup de choses. Mais les rares fois où l’expo a été installée dans un lieu de passage, on n’a pas le même public que d’habitude. À Laval, en Mayenne (où l’expo était installée dans un gymnase), on a vu plein de gens qui n’entendent jamais parler du sujet et qui le découvraient complètement !

Vous arrive-t-il de croiser des climatosceptiques ?

Rarement. Plutôt des visiteurs qui doutent et veulent mieux comprendre. C’est génial, parce que l’expo est vraiment faite pour ça. Par exemple, il y a un graphique, petit mais efficace, très anti-climatosceptique. Il permet de visualiser deux scénarios. Celui avec les variations naturelles du climat depuis la révolution industrielle. Et celui qui prend en compte les activités humaines. C’est implacable, on voit bien les causes de l’augmentation des températures depuis 1850.

Marche-t-il aussi sur les enfants ?

Les enfants sont très stimulés par les visuels, les couleurs. Ils réagissent énormément, posent beaucoup de questions. Des forêts de mains se lèvent, tout le temps. Grâce à l’expo, ils retiennent bien parce qu’on a beaucoup d’images très parlantes. Comme celles qui montrent à quel point les arbres « mangent » le carbone.

Sont-ils inquiets, eux qui vont vivre de grands bouleversements ?

On n’insiste pas sur le côté anxiogène, même si j’évoque ça brièvement en disant qu’on pourrait avoir des zones invivables parce qu’elles sont trop chaudes. Mais je crois qu’ils le prennent avec la légèreté de l’enfance. Quant aux ados, le plus souvent, ils n’expriment rien. Mais peut-être qu’ils ont peur.

Cela provoque-t-il des déclics ?

Avec notre jeu de l’empreinte carbone et son objectif de rester en dessous des deux tonnes de CO2 par an et par personne, ils comprennent vite le coût carbone de chaque action. Et parfois, les visiteurs n’ont pas envie d’avoir tout faux et cherchent à se justifier ! Mais dès qu’on mange de la viande une fois par jour, on dépasse. Je me souviens d’une femme qui était allée à Vienne (Autriche) en avion et qui avait paniqué en réalisant l’impact de son trajet. Elle n’avait pas pris conscience des proportions. Nous sommes aussi là pour leur dire : voilà comment on peut agir. C’est une tournée qui aime bien les solutions.

Jusqu’au jeudi 11 juin, du lundi au vendredi, de 8 h 30 à 17 h 30, à l’hôtel du Département, 3, quai Ceineray à Nantes, gratuit.

(1) La Tournée du climat et de la biodiversité est une exposition itinérante de l’association Météo et climat, présidée par le climatologue Jean Jouzel.