Posted On 5 juin 2026

Hier matin, les élus de la majorité municipale de Laurence Ruffin ont voté pour reconduire Sylvain Laval à la présidence du SMMAG, le syndicat chargé des transports en commun sur l’ensemble de l’aire grenobloise. Un vote anodin en apparence. Sauf que Sylvain Laval est précisément l’homme qui a qualifié publiquement, à de multiples reprises, la promesse de gratuité des transports  – promesse phare du programme Ruffin  – de « mensonge électoraliste » et de « démagogie dangereuse ». La contradiction est totale, moins de trois mois après l’élection.

UNE PROMESSE AU CŒUR DU PROGRAMME

La gratuité des transports en commun n’était pas une note de bas de page dans le programme de Laurence Ruffin. Elle en constituait l’un des marqueurs identitaires les plus forts, à la croisée de la justice sociale et de la transition écologique selon le vocabulaire cher aux Verts grenoblois. Pour des milliers d’électeurs qui ont accordé leur confiance à la liste Ruffin lors des municipales de 2026, cet engagement incarnait la différence avec d’autres forces en présence. Une promesse faite, censée être tenue.

Pendant la campagne Laurence Ruffin recyclait la promesse de « gratuité » (qui serait payée par des hausses d’impôts), que les verts ont faites en 2014 puis en 2020 sans jamais la tenir. Aujourd’hui elle vote pour un président qui s’y oppose.
SYLVAIN LAVAL, OU L’OPPOSÉ ABSOLU DE CETTE PROMESSE

Président du SMMAG depuis 2020, Sylvain Laval a construit toute son action sur un constat diamétralement opposé. Dans un entretien bilan accordé au Dauphiné Libéré en juillet 2025, il ne mâchait pas ses mots : « Je le dis clairement : promettre la gratuité de nos transports en commun, c’est mentir aux gens ! ». Il y dénonçait une « démagogie dangereuse » et un « mensonge électoraliste » à des « fins électorales », alertant que ces promesses ne seraient pas tenues. C’est ce pourfendeur de leurs engagements que la majorité Ruffin vient de reconduire !

UN VOTE ASSUMÉ, UNE PROMESSE RENIÉE

Le résultat du scrutin ne laisse aucune ambiguïté : 28 voix sur 29. La majorité municipale grenobloise n’a pas voté par défaut, sous la contrainte ou faute d’alternative – elle a choisi, délibérément, en pleine connaissance des positions de Sylvain Laval. En portant son suffrage sur le principal démolisseur de sa propre promesse, la liste Ruffin envoie un signal politique sans équivoque : la gratuité des transports était une posture électorale, non un véritable projet pour les Grenoblois.

2014, 2020, 2026 : LE DISQUE RAYÉ

Ce renoncement ne surprendra guère quiconque suit la politique grenobloise depuis quelques années. En 2014, les Verts promettaient la gratuité des transports pour les 18-25 ans. En 2020, c’était la gratuité pour tous les week-ends. De 2014 à 2020, ils ont pourtant tenu toutes les manettes – la ville, la métropole et le SMMAG lui-même, alors présidé par un fidèle de Piolle, Yann Mongaburu (verts). Résultat : rien. Ruffin n’innove pas. Elle perpétue, avec une constance désarmante, cette tradition de prendre les Grenoblois pour des idiots.

En 2014 la liste Piolle promettait déjà une gratuité ciblée. 12 ans après, personne n’en a vu la couleur.
LE LEGS FINANCIER QUI REND TOUT IMPOSSIBLE

Au-delà même de la volonté politique, les chiffres clôturent eux-mêmes le débat. La gestion Piolle/Mongaburu a laissé au SMMAG une dette de 600 millions d’euros, avec un plan de désendettement non tenu et des investissements obligatoires pour le matériel roulant laissés en souffrance. La gratuité coûterait 70 à 80 millions d’euros par an. Ironie suprême : le Plan de Déplacements Urbains voté par Piolle lui-même en 2019 planifiait une hausse de la participation des usagers à 31 % des coûts d’exploitation en 2030. Les Verts avaient eux-mêmes enterré leur promesse dans leurs propres schémas directeurs.

RÉCONCILIER GRENOBLE RAPPELLE LES FAITS…

Le groupe Réconcilier Grenoble, représenté au SMMAG par l’élu Jean-Luc Rizzi, a lui aussi voté pour Sylvain Laval, mais en assumant pleinement ce choix et en en explicitant les raisons sans ambiguïté. Le groupe rappelle que Laval, « en succédant à la gestion de Yann Mongaburu et Éric Piolle en 2020, a engagé un redressement financier indispensable pour mettre fin aux dérives de ses prédécesseurs. Le plan de désendettement n’avait pas été tenu, les investissements obligatoires pour le matériel roulant avaient été oubliés, et la fréquentation des transports stagnait pour la première fois depuis l’arrivée du tramway. »

… ET SA LIGNE DE CONDUITE : DÉFENDRE LES GRENOBLOIS

La cohérence, c’est aussi ce que défendent Thierry Aldeguer et Clément Chappet de Réconcilier Grenoble, qui précisent : « ce vote ne vaut pas blanc-seing. Tout au long du mandat, en cohérence avec nos engagements pris devant les électeurs, nous ne voterons les délibérations qu’en fonction de l’intérêt des Grenoblois que nous représentons ». Et d’appeler à corriger les projets contestés par les habitants en cours, comme maintenir le double sens Cours Berriat, sauvegarder le stationnement place de Metz, et veiller à ce que « le président du SMMAG tienne le cap de la responsabilité financière ».

DE PIOLLE À RUFFIN, LA TRAHISON DES ÉLECTEURS

Réconcilier Grenoble pointe également l’hypocrisie de l’équipe Ruffin : « quelle est donc la doctrine d’une majorité qui fait campagne sur la gratuité des transports, et qui élit dans la foulée un président dont toute la démonstration consiste à dire que cette gratuité est inefficace et infinançable ? Faut-il comprendre que la nouvelle Maire s’inscrit là encore dans les pas d’Eric Piolle, qui promettait la gratuité pour les jeunes en 2014 avant de l’abandonner, en renonçant elle aussi à sa promesse démagogique ? ».

LEURS PROMESSES N’ENGAGENT QUE CEUX QUI Y CROIENT

La promesse de gratuité a rempli sa seule et unique fonction : capter des voix. Une fois les bulletins dépouillés et les fauteuils attribués, le programme peut rejoindre le tiroir où sommeillent déjà les engagements non tenus de douze ans de mandat Piolle. Désormais élue, Laurence Ruffin s’inscrit dans les pas de son prédécesseur avec une fidélité confondante. Les Grenoblois qui ont cru à cette promesse irresponsable méritent une explication. Ils n’en auront sans doute pas.