Par
Emilie Salabelle
Publié le
5 juin 2026 à 19h30
; mis à jour le 5 juin 2026 à 19h32
Un pavé dans la mare. Avec son idée de fusionner Paris avec la petite couronne en une métropole de 7 millions d’habitants, l’ex-ministre des Transports et actuel haut-commissaire à la Stratégie et au Plan Clément Beaune s’est attiré les foudres des collectivités territoriales. Sa proposition, qui vise à simplifier « le millefeuille administratif » en supprimant trois départements et 130 communes, remplacés par des « districts », a reçu un accueil glacial. Contactés par actu Paris, nombre d’élus locaux de tous bords politiques dénoncent à l’unisson un projet « technocratique », « condescendant », « parisianiste »…. Tour d’horizon des réactions.
« Un mépris de la banlieue »
Après la surprise – aucun des élus contactés n’a été informé ni consulté dans l’élaboration du document – vient la colère. Fiers de leur statut de « personnalité politique préférée des Français », les maires goûtent très peu à l’idée de voir leurs 130 communes – et leurs fauteuils municipaux – engloutis dans une quarantaine de districts regroupant jusqu’à 200 000 habitants.
Le projet a fait bondir Pierre Garzon, maire (PCF) de Villejuif. Il condamne « une banlieue méprisée, comme si son aspiration était d’être parisienne ! Soit on la pointe du doigt, soit on en fait quelque chose d’assimilable, sans qu’à aucun moment on se demande quelles sont ses attentes ».
« Rester à portée de baffe »
À la tête d’une ville de 60 000 habitants, il estime qu’une hyper-région, loin de simplifier, ne ferait qu’éloigner les administrés de leurs élus. « C’est une vision soviétique, on résout d’en haut les problématiques d’en bas. 80 % de mon activité de maire, c’est de discuter en direct de ce qui se passe dans une rue, une parcelle. Et ça secoue ! »
En bref, les maires doivent rester « à portée de baffes », comme défend Pierre Bell-Loch (PCF) sur France 3. « Si demain on est absorbé dans une méga-structure parisienne, comment feront les gens pour trouver une démocratie de proximité ? », lance-t-il. « C’est le seul endroit où le citoyen se dit que sa voix compte encore », estime Pierre Garzon.
« Hausmanisme autoritaire »
Pour beaucoup, l’argument de la simplification du millefeuille territorial n’est qu’un faux prétexte. « On est très loin des enjeux sociaux qui traversent nos villes, des enjeux sur le changement climatique », tance Pierre Garzon. « Qu’on planifie une meilleure connexion, une meilleure intégration des habitants. Quand des secteurs entiers se sentent exclus du rayonnement parisien, il faut mettre des structures qui permettent de mieux les intégrer », appelle Zartoshte Bakhtiari, maire (DVD) de Neuilly-sur-Marne. « Ça fait sept ans que je lutte pour avoir la ligne 11 du métro dans ma ville ! »
« La réponse au manque de logements sociaux est politique et financière, ce n’est pas une question de structure institutionnelle », juge de son côté Patrice Leclerc. Le maire (PCF) de Gennevilliers et président du groupe communistes et écologistes de l’actuelle Métropole du Grand Paris (MGP) raille le retour du « Hausmanisme autoritaire » dans ces velléités de « centralisation ». L’exemple de la fusion Saint-Denis-Pierrefitte, qui s’est soldée par un désaveu dans les urnes pour le maire (PS) Mathieu Hanotin est dans toutes les bouches.
Un projet « Déconnecté », « fou », « hors sol »… Toutes les nuances politiques s’accordent pour critiquer la note de 16 pages publiée par Clément Beaune. Dans l’aile droite des Républicains, le maire de Bry-sur-Marne Charles Aslangul, estime que le problème ne vient pas des maires et des villes « mais [des] trop nombreuses couches administratives au-dessus d’eux : intercommunalité, département, métropole et région. Ce sont ces strates qu’il faut rationaliser mais sûrement pas, une fois encore, le niveau communal ».
« Aucun respect de l’identité des communes »
À l’échelon supérieur justement ; les présidents de département ne sont guère plus enthousiastes à l’idée d’être rayés de la carte. Dans le Val-de-Marne, Olivier Capitanio (LR) vilipende « une vision parisianiste et technocratique », qui va encore plus loin que la volonté macroniste de supprimer les départements en 2018. « Les gens ne sont pas des numéros. Il n’y a aucun respect de l’identité et de l’histoire des communes. Clément Beaune considère que tout ce qui est gigantesque est beau. Ce projet va à l’encontre de tous ce que les citoyens attendent », estime-t-il.
Comme en échos, son homologue des Hauts-de-Seine (LR) Georges Siffredi a dénoncé une fausse promesse sur France 3 : « De faire une mégalopole, et de dire en même temps ‘on rapproche le citoyen’, ce n’est pas vrai ! Avec des districts à plus de 200 000 habitants, on ne rapproche pas le citoyen. »
Plus mesuré, le président du département de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel (PS) ne réfute pas la nécessité de mettre en place un nouveau modèle. Mais il appelle à « un débat démocratique porté devant les habitants », qui « ne peut se faire en catimini ». S’inspirant de New-York, il prône « un Grand Paris avec de grands territoires qui partagent leurs richesses et garantissent des services publics identiques pour tous les habitants », dans une logique de réduction des inégalités, où des villes comme « Vitry, Sevran, Argenteuil, Neuilly-sur-Seine, Aubervilliers ou Paris Centre » seraient sur le même plan. « La simplification pour la simplification n’est pas un cap politique », ajoute-t-il. Sans moyens et sans légitimité démocratique, le grand chamboule-tout métropolitain risque de n’être « qu’un redécoupage de plus ».
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