En France, 86 % des adultes boivent du café et 73 % en
consomment régulièrement. Les équipes de recherche s’intéressent
désormais de près à cette habitude, car le café est l’une des
principales sources de polyphénols de notre alimentation. Ces
composés atteignent le côlon, où ils modifient la composition du
microbiote intestinal. Et là, ce sont nos bactéries qui prennent le
relais pour envoyer des signaux au cerveau.

Comment le café reprogramme le microbiote intestinal et l’axe
intestin-cerveau

Le microbiote intestinal, parfois appelé flore intestinale,
regroupe l’ensemble des micro-organismes qui colonisent notre tube
digestif, surtout l’intestin grêle et le côlon. « Notre
microbiote est influencé et évolue en fonction de différents
facteurs, en particulier notre alimentation », résume la
nutritionniste Véronique Liesse, interrogée par Santé Magazine. Une
étude récente publiée dans la revue Nature Microbiology a
notamment relié la consommation de café à une bactérie bien
particulière du côlon, Lawsonibacter asaccharolyticus, pièce
maîtresse du couple café microbiote intestinal, ce
qui ouvre une piste concrète pour comprendre comment cette boisson
agit sur nos bactéries.

Selon ces travaux, Lawsonibacter asaccharolyticus est jusqu’à
huit fois plus abondante chez les buveurs de café, de tous profils.
D’autres études ont montré que le café augmente l’activité
métabolique et la taille de la population Bifidobacterium, une
espèce réputée bénéfique. Les polyphénols du café exercent un effet
prébiotique en nourrissant ces bifidobactéries, qui produisent du
butyrate aux vertus anti-inflammatoires. Ces molécules issues du
microbiote peuvent ensuite circuler dans le sang et participer au
dialogue entre intestin et cerveau.

Une étude montre le lien direct entre
café, microbiote intestinal et cerveau

Pour tester cet axe intestin-cerveau, l’équipe du
neuroscientifique John Cryan, à l’University College Cork, a suivi
62 adultes en bonne santé de 30 à 50 ans. Trente et un buvaient
habituellement trois à cinq tasses de café par jour, 31 n’en
consommaient pas. Les buveurs ont arrêté tout café pendant deux
semaines, puis ont bu pendant trois semaines quatre tasses
quotidiennes de café instantané, soit caféiné, soit décaféiné,
tandis que questionnaires, tests de mémoire et prélèvements
biologiques suivaient leurs réactions.

Après trois semaines, caféiné comme décaféiné, le café a diminué
le stress perçu et les symptômes dépressifs chez les buveurs
habituels. Le décaféiné améliorait aussi la mémoire et le sommeil,
alors que le caféiné réduisait l’anxiété. Les selles révélaient en
parallèle des changements de certaines bactéries, notamment
Eggerthella et Cryptobacterium curtum. « Un autre point
important est la variabilité individuelle », note John Cryan,
pendant que Véronique Liesse recommande de se limiter à trois
tasses par jour pour ménager le système nerveux.