Les influenceurs santé pèsent de plus en plus lourd dans nos
choix de santé. Pourtant, derrière leurs conseils se cachent
rarement des médecins. Une vaste enquête américaine dresse leur
portrait surprenant.

Les influenceurs santé viennent surtout d’ailleurs que de la
médecine

Quatre Américains sur dix s’informent désormais sur leur santé
auprès de créateurs en ligne. Chez les moins de 50 ans, cette
proportion grimpe à la moitié. Le réflexe dépasse largement le
simple divertissement. Beaucoup ajustent leur
alimentation
ou leur sport à partir de ces vidéos. Les réseaux
sociaux deviennent ainsi une source de conseils à part entière.

Or, le profil de ces créateurs réserve plusieurs surprises.
Seuls 41 % se présentent comme des
professionnels de santé
dans leur biographie. Les autres
affichent des parcours bien différents. La médecine reste donc
minoritaire dans cet univers très suivi. La plupart des créateurs
viennent d’horizons éloignés du monde médical.

Selon une enquête publiée par le Pew Research Center, les coachs
et les entrepreneurs dominent largement. Près d’un tiers se
décrivent comme des coachs sportifs,
diététiques
ou de vie. Un autre quart se présente comme
entrepreneur ou propriétaire d’une activité bien-être. Enfin, 13 %
s’appuient simplement sur leur expérience personnelle pour
conseiller. Un parcours de remise en forme ou une maladie surmontée
tient alors lieu de légitimité.

Les diplômes médicaux restent une minorité chez ces créateurs
très suivis

Parmi ceux qui revendiquent une formation médicale, tous ne se
valent pas. Environ 17 % relèvent de la médecine conventionnelle,
comme les médecins ou les infirmiers. À l’inverse, 7 % se
rattachent aux médecines dites alternatives, naturopathie en
tête.

Plus frappant encore, 16 % ne mentionnent aucune expertise dans
leur profil. Ces comptes décrivent souvent leur contenu plutôt que
des diplômes. Pour analyser ce paysage, les chercheurs ont passé au
crible 12 800 comptes. Tous appartiennent à des créateurs suivis
par plus de 100 000 abonnés. Ils ont aussi croisé ces données avec
deux grandes enquêtes d’opinion.

Les influenceurs santé reflètent aussi
de fortes différences entre femmes et hommes

Les femmes dominent nettement ce milieu, avec près des deux
tiers des comptes étudiés. Beaucoup mettent en avant leur rôle de
mère pour asseoir leur légitimité. Les hommes, eux, revendiquent
plus souvent un titre de
médecin
ou de chirurgien. Cet écart se creuse encore chez les
profils les plus spécialisés. Les chirurgiens plasticiens, par
exemple, sont presque exclusivement des hommes.

La hiérarchie s’inverse pourtant au sommet de la pyramide. Parmi
les comptes dépassant le million d’abonnés, les hommes deviennent
presque aussi nombreux. Ils captent ainsi une part démesurée des
très grandes audiences. Les créatrices restent donc majoritaires en
nombre, mais moins visibles tout en haut. La visibilité maximale
échappe donc en partie aux créatrices majoritaires.

Ces résultats portent uniquement sur le public américain et ne
jugent pas la qualité des conseils. Néanmoins, ils éclairent une
dépendance croissante aux réseaux pour les questions de santé.
Avant de suivre une recommandation, un détour par la biographie du
créateur reste judicieux. Un simple coup d’œil suffit parfois à
mesurer la solidité de l’expertise affichée. Cette vérification
rapide protège mieux que la confiance accordée au nombre
d’abonnés.