Par
Amandine Vachez
Publié le
8 juin 2026 à 5h58
Vous avez peut-être déjà vu le célèbre tableau représentant cette bataille de Horace Vernet, exposé dans le musée du Château de Versailles. La bataille de Bouvines, l’une des plus importantes dans l’Histoire de France, trouve un écho dans un édifice de la ville : son église. Ses vitraux racontent le combat nordiste, hautement symbolique, du dimanche 27 juillet 1214.
Un projet lancé pour la nouvelle église
Près de 812 ans plus tard, cet épisode historique est encore gravé dans bien des esprits, et jusque sur les vitraux de l’église de la commune. L’église Saint-Pierre de Bouvines, juchée sur une petite colline, compte en effet 21 vitraux somptueux, classés Monuments historiques depuis 1981, retraçant la mémorable bataille de l’été 1214.
D’où est parti ce projet ? En 1878, le maire de Bouvines, Félix Dehau, a décidé, avec le conseil de fabrique (conseil paroissial), de faire reconstruire l’église du village, jugée par tous trop vétuste et trop exiguë. Le nouveau sanctuaire devait être également le monument commémoratif de la bataille de Bouvines, « victoire considérée comme ‘donnée par Dieu’ et fondatrice de la France », selon les mots de la Ville.

La célèbre bataille de Bouvines (Nord) de 1214 est racontée au travers des vitraux de l’église de la ville. (©Archives : ASH / Croix du Nord)
La construction a été lancée en 1880 pour s’achever en 1886. L’architecte Auguste Normand s’est inspiré de l’architecture du 13e siècle pour concevoir un édifice néogothique sans piliers, tourné vers la mise en valeur des 21 immenses vitraux (8 m x 3 m), faisant au total près de 500 m2, retraçant la bataille, et réalisés par le réputé maître verrier Emmanuel Champigneulle.
Les premiers ont d’ailleurs été posés à partir de 1889, après avoir été présentés lors de l’Exposition Universelle de Paris ! Un chantier qui s’est prolongé jusqu’en 1906.
Chaque vitrail est composé de trois parties, précise la municipalité : « la tête présente des anges faisant le lien entre le Ciel et l’Histoire des hommes, le pied contient les blasons des communes et familles donatrices, et la partie centrale illustre un moment de la bataille selon la chronique de Guillaume Le Breton, témoin oculaire de l’événement et chapelain du roi Philippe-Auguste ».
Une bataille s’inscrivant dans un conflit centenaire
Ainsi, ces vitraux célèbrent comme le dit le Département « de façon spectaculaire la bataille qui s’est déroulée sur le territoire, et qui a été l’un des conflits décisifs et symboliques de l’Histoire de France. »
En effet, elle s’inscrit dans une tension centenaire entre les Capétiens et les Plantagenêt, de 1159 à 1259, que certains historiens nomment « Première guerre de Cent ans » comme le rappelle la Région Hauts-de-France. « Une période durant laquelle le territoire royal n’est pas beaucoup plus grand que l’Ile-de-France et où plus de la moitié de la France est contrôlée par l’Angleterre. »

Ils sont impressionnants de détails, et classés aux Monuments historiques depuis 1981 : les vitraux de l’église de Bouvines (Nord) racontent un pan essentiel de l’histoire locale. (©Archives : ASH / Croix du Nord)
Et la Région de raconter ce conflit, en quelques lignes : « Il est midi pile, ce 27 juillet 1214. La chaleur est écrasante dans les champs du village de Bouvines, jadis appelé Pont-à-Bouvines, situé entre Lille et Tournai, à quelques kilomètres de la frontière franco-belge. C’est ici, au cœur du comté des Flandres, aujourd’hui en région Hauts-de-France, qu’est en train de se jouer une des plus grandes pages de l’histoire de France qui verra naître, pour la première fois, la manifestation d’un authentique sentiment national. »
La bataille de Bouvines voit en effet s’affronter l’armée du roi de France Philippe Auguste à une large coalition militaire étrangère fomentée par le roi d’Angleterre Jean Sans Terre, bien décidé à mettre la main, par les armes, sur le Royaume de France. Il est soutenu dans ce projet par les armées de l’empereur Otton IV de Brunswick, du comte de Flandre, du comte de Boulogne et du duc de Brabant.

Les vitraux de l’église Saint-Pierre rappellent la bataille de Bouvines de 1214. (©Archives : ASH / Croix du Nord)Le roi au cœur de la bataille, sur son cheval blanc
Face à cette attaque massive, le roi de France ne peut alors compter à Bouvines que sur ses forces avec l’appui des évêques de Laon, Senlis et Beauvais, ainsi que de sujets fidèles mais peu entrainés à la guerre venus en renfort d’Arras, d’Abbeville de Soissons, et des milices communales de Picardie, en particulier du Ponthieu et du Vimeu. Pour les ennemis coalisés de la France, le mot d’ordre est simple : « tuer le roi », c’est-à-dire « tuer la France »…
Engagé au cœur de la bataille sur son cheval blanc, épée à la main, rendant coup pour coup le roi Philippe sera ainsi plusieurs fois touché par les lances ennemies. Mais grâce à son génie tactique et la bravoure hors du commun de ses combattants, l’armée française finit par mettre en déroute les coalisés, capturant une partie de leurs chefs.
La bataille de Bouvines, dont le récit se propage dans tout le pays comme le rappelle le Département du Nord, devient symbole de la résistance française à l’oppresseur étranger. Elle renforce le pouvoir politique du roi, et marque pour de nombreux historiens « l’acte de naissance de la nation ».
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