Les maires d’Antibes, Cannes, Grasse et… Nice, rassemblés autour d’une même table sur la grande scène des Entreprenariales, pour répondre à une question : « peut-on encore faire avancer un territoire en jouant collectif et, surtout, comment dépasser les intérêts particuliers pour défendre une vision commune ? » Le casting était improbable il y a à peine quelques mois, mais c’était sans compter les résultats des dernières municipales. Aucun nom n’aura été prononcé, mais il flottait autour de la table comme un air d’optimisme, voire de soulagement, quant à la qualité des relations à venir entre Jean Leonetti, David Lisnard, Jérôme Viaud et Eric Ciotti, par ailleurs présidents des intercommunalités les plus importantes du département, « réunis pour la première fois », a souligné Eric Ciotti, qui y voit le « signe que le collectif progresse ».

Sur le plan du contenu, il aura été question de logement et de transports, mais la partie introductive, qui a tout de même mobilisé près de la moitié des débats, se voulait bien plus politique, au sens noble du terme. 

« On doit travailler ensemble »

« Mon état d’esprit, c’est d’installer une rupture avec les pratiques individuelles, avec les compétitions stériles. Unis, rassemblés, jouant collectifs, on est naturellement plus efficaces », a introduit le nouveau maire de Nice. »Quelles que soient les différences qui peuvent exister -elles sont tout à fait mineures, au plan politique peut-être-, nous avons la même vision du territoire, le même attachement à faire en sorte que notre département et les intercommunalités qui le composent puissent porter un projet, une ambition collective autour de la croissance et de l’emploi », la collectivité ayant pour seul rôle de « créer les conditions d’un terreau fertile ». Eric Ciotti a même osé citer comme « atouts essentiels » du territoire la « réussite extraordinaire » de Sophia Antipolis, Cannes et « sa notoriété internationale », Monaco même et ses « 40.000 emplois azuréens », faisant de la Principauté, comme de la technopole, « deux poumons économiques. On doit travailler ensemble, dans l’unité. Rompre les querelles inutiles, rompre l’isolement. Fédérer, unir ». Sur le logement, la collecte des déchets, le transport, « nous avons les mêmes problématiques, les mêmes attentes des acteurs économiques. A nous, intelligement, d’y apporter des réponses plus efficaces, parce qu’elles seront plus collectives ». Côté niçois, le (changement de) ton est donné. 

Une équipe avec des individualités fortes

La guéguerre Métropole / Ouest, dépassée ? « Espérons-le, mais je ne suis pas sûr qu’il y ait eu une vraie concurrence », avance David Lisnard, évoquant dans la création du pôle métropolitan Cap Azur « la volonté et l’affirmation d’une ambition collective dans l’Ouest des Alpes-Maritimes. Ce qui était anormal, c’est lorsque nous étions concurrencés sur des segments où nous étions investis depuis des années, tech sur Sophia, MICE sur Cannes, parfums à Grasse ». Sur la pelouse de l’Allianz Riviera, le maire de Cannes file la métaphore: « les grandes équipes de football ne peuvent pas gagner sans collectif, mais ce collectif doit être un collectif d’individualités fortes. Si vous faites une équipe de onze génies qui ne jouent pas ensemble, l’équipe ne gagne pas. Si vous faites une équipe de onze bourricots incapables de taper dans le ballon, l’équipe perd. Nous, ce que l’on veut faire ici, dans les Alpes-Maritimes, c’est une équipe avec des individualités fortes ». 

« La complémentarité dans les Alpes-Maritimes, c’est la base »

Autre édile, autre thème tout trouvé : la « réussite collective » de Sophia Antipolis. L’ingrédient ? « Pas une volonté politique forte d’aménagement du territoire, mais un foisonnement d’idées ». Celle de Pierre Laffitte d’une part, « en gros, de mettre l’université dans la campagne ». La deuxième, « considérer que le moyen pays n’est pas séparé de la bande littorale. C’est une première étape dans un territoire comme les Alpes-Maritimes, qu’on peut couper : Est et Ouest, montagne, moyen pays et littoral. Si on casse et qu’on rend étanches ces territoires, on les tue. Et paradoxalement, on tue le littoral, parce qu’il s’engorge et n’arrive pas à fonctionner ». Décloisonner les territoires, les interlocuteurs aussi, ingrédient-phare de la fameuse fertilisation croisée, « cette idée un peu utopique qui consiste à dire qu’on est plus forts dans la diversité quand on s’unit que lorsqu’on joue séparément, c’est la réussite de ce territoire ». A une échelle géographique plus large, « si on oppose les territoires, on est perdants. SI au contraire, on valorise l’autre dans sa compétence, alors on est gagnants. Ce que fait l’autre doit nous inciter à faire aussi bien ou mieux, mais dans un créneau complémentaire ».

Dépasser les frontières d’égos

Une philosophie de coopération plus que de compétition, qu’illustre notamment le pôle Cap Azur. « Nous avons structuré avec soin ce pôle métropolitain, non pas pour créer une strate administrative supplémentaire, mais pour trouver une forme hybride dans laquelle on allait travailler sur des coopérations, rappelle Jérôme Viaud. Et aujourd’hui, le fait qu’on soit ici, avec Éric Ciotti, dans cette démarche maralpine, conforte le travail que l’on a mené parce que nos concitoyens veulent une unité du service public. Si on a les mêmes bornes électriques avec les mêmes tarifications dans 4 communautés d’agglomération, c’est la démonstration qu’on peut dépasser des petites frontières politiques, ou d’égos, pour pouvoir être plus au service de nos concitoyens. On n’a pas tout transcendé, mais on a voulu montrer qu’on était capables de travailler à l’échelle de l’Ouest du département sur des sujets communs. Et je suis heureux que désormais, nous puissions avec Eric Ciotti travailler sur des passerelles supplémentaires ». Un changement d’ère…