Ils étaient plusieurs centaines de libraires, lundi matin, à suivre l’un des ateliers proposés aux Rencontres nationales de la librairie, à Rennes (Ille-et-Vilaine), autour des jeunes et de la lecture, notamment de la relation écrans et livre.

Et au-delà de la désaffection de la lecture chez les enfants et les ados, de « l’apathie générée par les écrans », l’échange entre universitaires et libraires a tourné autour des lectures actuelles. Car un phénomène nouveau est apparu ces dernières années : l’engouement pour la fantasy et la romance. Avec des réseaux sociaux très accueillants pour ce type de littérature, tendance bien expliquée par Marine Siguier, maîtresse de conférences à l’université du Havre.

« Le registre de l’émotion fonctionne très bien sur les réseaux sociaux. L’idée n’est pas de dire si tel livre est bon ou mauvais, mais s’il bouleverse ou non. »

L’originalité n’est pas le critère majeur. Sur les réseaux sociaux, la tendance est plutôt à célébrer les « tropes » ou stéréotypes : « Deux personnes se détestent au début de l’histoire et finiront par tomber amoureux », cite Marine Siguier.

Luce Albert, maîtresse de conférences à l’université d’Angers, parle de « littérature plaisir » construite sur l’émotion, qui n’engendre pas d’esprit critique, « de délibération intérieure ».

Mais, « comment leur faire lire des classiques ? s’interroge Luce Albert. Ce n’est pas possible. Ils n’en voient plus l’intérêt . Certes, on a tous besoin de lectures émotionnelles, mais on ne sacrifie pas les classiques. »

33 millions de livres achetés

Du côté des libraires, le ton n’est pas le même : « Il ne faut pas les juger. Car ces jeunes vont vite avoir la sensation que leurs lectures sont méprisées », dit l’une. « Ce que nous voulons, ce sont des lecteurs et des lectrices. Ce n’est pas en leur disant que leurs lectures sont pauvres que nous allons les encourager », assure une autre. « On a toujours méprisé les lectures de jeunes filles… » regrette une troisième.

Quoi qu’il en soit, le pass culture, lancé il y a maintenant cinq ans, englobe tous les genres. Et si les jeunes ont beaucoup acheté du manga avec leur pass, il ne représente plus qu’un livre sur trois consommé.

Laurence Tison-Vuillaume, directrice de pass culture, remarque surtout que le pass « a permis l’achat de près de 33 millions de livres. Pour les librairies indépendantes, c’est 10 % de recettes en plus. »

Avec les entrées au cinéma, l’achat de livres est l’une des satisfactions de ce sésame qui offre un crédit de 50 € à 17 ans, complété de 150 € à 18 ans. « C’est un passeur pour que les jeunes achètent des livres, mais aillent aussi au contact des libraires qui sont les premiers médiateurs du livre. »

Présente au débat, la ministre de la Culture, Catherine Pégard, s’est félicitée d’un « panorama concret et impartial. On en revient toujours à la même chose. Dès que vous permettez aux jeunes de pousser la porte d’une librairie ou d’un musée, ils peuvent s’approprier le lieu. C’est une ouverture. Malgré les difficultés, nous avons pu sanctuariser le pass culture. Nous préparons de nouvelles initiatives pour que ce ne soit pas une fin en soi mais un moyen de faire plus en le diversifiant. »