Par
Theo Boissonneau
Publié le
9 juin 2026 à 18h28
Révélé en 2024 lors de sa participation à la saison 3 de l’émission Nouvelle Ecole, James Loup est un rappeur originaire de Lyon (Rhône). Après « 50 % pour Maman » et « Avec tout le respect », deux EP sortis en juin et décembre 2025, il sera au Biches Festival à la ferme de Rai (Orne), vendredi 12 juin à 00 h 30 sur la grande scène. Entretien.
Le Réveil Normand. Ton dernier EP « Avec tout le respect » est très solaire, notamment concernant les instrumentales. C’était le but justement de tester de nouvelles choses ?
James Loup. Effectivement, c’est vrai qu’il y a un côté un peu moins sérieux. Le précédent EP, « 50 % pour Maman », était un peu plus intime. Celui-là ne représente pas toute ma musique, mais plutôt la façon dont je sentais les choses au moment où je l’ai fait l’été dernier.
C’était assez spontané. Je voulais aussi parler de moi et être honnête, je n’avais pas envie de vendre autre chose que ce que je suis. Faisant du rap, c’est marrant de se poser ces questionnements de crédibilité quand on essaie de manger des choses équilibrées et qu’on va dans des magasins bios, ce n’est pas très « street-cred » !
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Ce côté honnête justement, tu l’assumais déjà pleinement au début de ta carrière, ou c’est plus facile maintenant que tu es un peu plus installé ?
Je pense que c’est un travail en cours, ça ne sera jamais fini. Plus je ferai de la musique, plus j’avancerai, plus je pense que j’aurai envie d’être honnête parce qu’effectivement c’est dû au fait que je suis un peu plus installé maintenant et que je suis plus à l’aise avec l’idée de raconter ma vie.
Mais en tout cas, l’objectif de ma musique c’est qu’elle soit la plus vraie possible. Après ça ne veut pas dire tout livrer chez moi, mais en tout cas que les émotions que je transmets soient les plus pures possibles.
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Il y a encore des sujets sur lesquels tu te censures ?
Ouais bien sûr. Je pense qu’il y a deux choses, il y a ce que je donne et ce que je vis, ce que je suis. Il y a des choses qui doivent m’appartenir et qui ne sont pas publiques et artistiques, et d’autres que je choisis de rendre publique et que je choisis de raconter.
J’essaye de trouver une limite un petit peu floue et ne pas non plus devenir quelqu’un d’autre en studio, c’est forcément tiré de ma vie. Mais je pense que chez tous les artistes, ce curseur est placé différemment.
C’est quelque chose que j’explore quotidiennement et en même temps, le curseur il est visible dans ce que je produis. Je ne sais pas trop encore vers où ça ira.
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Ce n’est pas difficile justement de placer ce curseur, de savoir où poser sa limite entre ce que l’on révèle et ce que l’on garde pour soi ?
Je trouve que paradoxalement, ça paraît dur mais en fait c’est ce qu’il y a de plus facile et de plus prenant. C’est comme quelqu’un qui a des doutes.
Le plus dur c’est d’avoir des doutes et de ne pas le dire, mais dès que tu verbalises le fait que tu as des doutes, que ce soit à ta copine, à tes potes ou au micro, le fait d’en parler est presque plus facile et c’est presque plus évident et agréable.
Donc non, en fait c’est le travail d’honnêteté, de vérité sur ce que je ressens en studio et qui se traduit en musique et dans les morceaux que je choisis, ce n’est pas un travail compliqué.
En soi, je trouve que c’est ce qu’il y a de plus naturel. C’est comme quelqu’un qui dit « ah je suis sensible, c’est un défaut ». En vrai la sensibilité, c’est l’une des plus grandes forces. Ceux qui sont les plus fragiles, d’après moi, ce sont ceux qui n’écoutent pas leur cœur et qui ne veulent pas sentir ce qu’ils ressentent vraiment.
Dans la plupart de tes morceaux, il y a une grosse partie humoristique aussi…
Je suis quelqu’un qui dans la vie de tous les jours va rigoler avec ses potes, donc ça s’entend dans la musique, mais je pense qu’il y a une limite à ça. Tout est une histoire de sincérité et d’honnêteté.
Pour moi, le rap ça reste quand même quelque chose de très sérieux, donc le ton un peu cynique que je peux avoir fait partie de la façon dont j’ai envie de raconter les choses, sans que ce soit trop pesant et trop lourd.
James Loup
J’ai parfois envie de parler de choses très graves avec un ton un peu plus léger, pour pas que ce soit une écoute trop intense.
Justement, il y a un côté très politique dans tes sons. C’est important pour toi en tant qu’artiste, peut-être même encore plus en tant que rappeur, de montrer ton engagement ?
Oui. Je ne le montre pas non plus en le brandissant comme un étendard. J’essaie de faire honneur à la responsabilité que j’ai en tant que personne qui exprime des choses publiquement. J’essaie de ne pas me positionner ni d’éduquer les jeunes. Je ne donne pas de cours, je ne fais pas de la politique.
J’essaie simplement de donner mon opinion la plus franche et la plus claire sur les choses qui me semblent juste sensées vis-à-vis de l’extrême droite ou de l’attitude de certaines personnes des forces de l’ordre qui pour moi sont complètement déplacées. Et on n’a pas besoin de débattre bien longtemps là-dessus.
Simplement, il y a une médiatisation et une grande partie de la population qui commence à banaliser certaines choses, et j’ai l’impression que c’est un devoir, en tant que citoyen, de rappeler qu’il y a certaines choses qui n’ont pas leur place dans ce monde, comme le racisme, l’homophobie, les bavures policières, ou les agressions sexuelles.
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Mais j’ai toujours un peu de mal avec le terme « rap engagé » ou de position, parce que j’ai l’impression que le rap de base, il est né dans cet esprit de revendication, et surtout de position. C’est quelque chose qui a toujours dérangé, et qui dérangera toujours j’espère.
Des fois, on me dit que j’enfonce des portes ouvertes. Je suis d’accord, mais on est dans un monde où il faut quand même rappeler certaines choses avec ce qu’il se passe, et avec les élections qui arrivent. Il ne faut pas oublier que la démocratie, on s’est battus pour l’avoir. J’ai encore une part d’optimisme, et j’espère qu’on pourra faire bouger les choses.
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