La Coupe du monde de football, qui fait son retour aux États-Unis pour la première fois depuis 1994, devait être une grande fête populaire. Mais à quelques jours du coup d’envoi, le tournoi se retrouve mêlé à l’un des sujets les plus sensibles de la vie politique américaine : l’immigration. Les restrictions de voyage, les inquiétudes liées aux expulsions massives et les tensions autour de l’administration Trump ont transformé cet événement sportif en terrain d’affrontement diplomatique.
Dans plusieurs villes hôtes, des supporters étrangers dénoncent des obstacles administratifs qui compliquent leur venue. Certains fans issus de pays visés par les restrictions américaines ont même renoncé au voyage, révèle le Washington Post, mardi 9 juin.
La ICE présente aux abords des stades ?
La compétition quadriennale, coorganisée cette fois-ci avec le Mexique et le Canada, pourrait « freiner l’enthousiasme » et « empêcher la participation » des communautés ciblées par la campagne d’expulsions massives menée par Donald Trump depuis plus d’un an, affirment des associations.
« Nous voulons que la Coupe du Monde ait lieu, car c’est une rencontre entre les pays du monde entier, un échange culturel, un moment d’unité autour du football. Lorsqu’on empêche des supporters de venir soutenir leur équipe, ou simplement d’être dans le stade ou les bars à encourager le Brésil, l’Argentine ou une autre équipe, on perd quelque chose d’essentiel », explique Rich André, conseiller en politiques publiques au sein de l’American Immigration Council.
La présence potentielle de l’ICE, le service de l’immigration et des douanes des États-Unis, à l’intérieur ou à l’extérieur des stades, cristallise les angoisses des amoureux du ballon rond. Les organisateurs assurent qu’aucune opération de contrôle n’est prévue pendant les matchs, mais les déclarations du secrétaire à la Sécurité intérieure, Markwayne Mullin, laissent planer le doute.
Les associations de défense des migrants s’organisent
Markwayne Mullin a indiqué que les autorités seraient mobilisées « sur place et tous les jours » pendant la manifestation contre la fraude aux billets, le trafic d’êtres humains ou de drogue, les gangs et plus généralement tout soupçon d’activité criminelle. Les populations immigrées craignent cependant que cette présence ne débouche sur des contrôles plus larges.
À Dallas, l’association de défense El Movimiento a mis en place des réseaux d’assistance juridique dans les quartiers défavorisés et des lignes d’urgence pour suivre et signaler d’éventuelles opérations des agents fédéraux dans l’ensemble de la ville. Son responsable, Azael Alvarez, décrit au Washington Post un climat anxiogène : « Malheureusement, beaucoup de personnes à qui j’ai parlé ont peur de sortir de chez elles, surtout dans les grands complexes d’appartements où la présence de l’ICE est connue. Cela instille la peur, l’idée qu’ils pourraient être là, dehors, dès qu’ils franchissent leur porte. »
Les conséquences pourraient aussi être économiques. Plusieurs études indiquent que les réservations touristiques progressent moins vite que prévu dans les villes organisatrices. Les restrictions de visas et les incertitudes géopolitiques sont souvent citées parmi les principales raisons. Pour de nombreux observateurs, la Coupe du monde devait illustrer l’ouverture des États-Unis au monde. Elle révèle au contraire les profondes divisions qui les traversent.