Ce que vous allez apprendre

  • Les 7 nouveaux produits de synthèse (NPS)-tryptamines concernés par l’inscription sur la liste des stupéfiants.
  • Les données du rapport d’addictovigilance, les effets indésirables encourus et l’accès aux produits.

L’alerte de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) s’appuie sur un premier rapport national d’addictovigilance consacré aux tryptamines émergentes, réalisé par le centre d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance-addictovigilance de Montpellier, qui couvre la période jusqu’au 31 décembre 2024. Ce document montre que ces substances circulent à faible volume, mais avec des effets parfois sévères, ce qui conduit à leur mise sous contrôle national. Dans ce contexte, l’ANSM a décidé d’inscrire ces substances sur la liste des stupéfiants, ce qui interdit leur production, leur vente et leur usage à compter du 10 juin 2026.

Des effets hallucinogènes

Le rapport précise que l’ouverture de l’enquête a été proposée après plusieurs signalements marquants en addictovigilance (SIMAD), afin d’identifier le risque réel pour la santé publique. Les tryptamines de synthèse sont des NPS, c’est-à-dire des nouveaux produits de synthèse, avec des effets hallucinogènes liés à la présence d’un noyau indole et à une action agoniste sur les récepteurs sérotoninergiques, en particulier 5HT2A. Elles dérivent de la tryptamine naturelle dont la structure chimique a été modifiée en position 4 ou 5, ce qui augmente à la fois les effets attendus et les effets indésirables.

7 substances inscrites sur la liste des stupéfiants

La mesure de l’ANSM s’applique aux substances suivantes :

  • AMT ou alpha-méthyltryptamine ou indopan ;
  • 4-AcO-DMT ou 4-acétoxy-diméthyltryptamine ou psilacétin ;
  • 4-HO-MET ou 4-hydroxy-N-méthyl-N-éthyltryptamine ;
  • 4-HO-MiPT ou 4-hydroxy-N-méthyl-N-isopropyltryptamine ;
  • 5-MeO-DMT ou 5-méthoxy-N, N-diméthyltryptamine ou méthylbufoténine ;
  • 5-MeO-MiPT ou 5-methoxy-N-methyl-N-(1-méthyléthyl)-1H-Indole-3-éthanamine ;
  • 5-MeO-DiPT ou 5-méthoxy-N,N-diisopropyltryptamine ou foxy.

Certaines tryptamines comme la DMT, la DET (diéthyltryptamine), l’étryptamine et la psilocine (ou 4-OH-DMT) étaient déjà inscrites sur la liste des stupéfiants. Ce classement s’inscrit dans une dynamique de surveillance plus large des substances psychoactives de synthèse en France. Le rapport recommande d’ailleurs une réévaluation triennale de ces dérivés, sauf signal particulier, ainsi qu’un contrôle national des NPS-tryptamines non encore encadrées.

Des données préoccupantes

Entre le 1er janvier 2020 et le 31 décembre 2024, 27 notifications spontanées ont été recensées par le réseau des centres d’addictovigilance pour des NPS-tryptamines. Les cas concernaient majoritairement des hommes, avec un âge moyen de 25 ans, et un critère de gravité était présent dans 59,25 % des notifications. Des antécédents de troubles psychiatriques étaient mentionnés dans 30,3 % des cas.

Au total, 30 substances différentes appartenant à cette classe ont été identifiées dans ces notifications, ce qui montre une diversité croissante du marché. Les produits les plus représentés étaient les tryptamines substituées en position 5, puis les dérivés de la DMT, les tryptamines substituées en 4 et les dérivés de l’AMT. Dans 40,7 % des cas, la substance était consommée seule, mais lorsqu’elle était associée à d’autres produits, il s’agissait surtout d’autres NPS, souvent des stimulants.

Des effets parfois sévères

Le rapport fait état de troubles de l’usage, de troubles neurologiques (tremblements, maux de tête, perte de conscience) et de troubles psychiques (hallucinations, idées délirantes, anxiété, attaque de panique, tentative de suicide) parmi les principaux effets indésirables rapportés. Trois comas ont notamment été signalés, ce qui confirme le potentiel de dangerosité de ces produits. Dans trois cas, les symptômes étaient évocateurs d’un syndrome sérotoninergique (température corporelle élevée, spasmes musculaires, anxiété), une complication médicale potentiellement grave. Des troubles cardiovasculaires (tachycardie, hypertension artérielle), digestifs (vomissements, diarrhée), et musculaires (contractions involontaires et anormales, lésions musculaires) sont aussi remontés.

Le rapport de Montpellier mentionne un décès, avec implication de la 5-MeO-DMT, associée à d’autres substances comme la 3-MeO-PCE (3-méthoxyéticyclidine, ou méthoxyéticyclidine) et la 2-FDCK (2-Fluorodeschlorokétamine, parfois fluorokétamine).

En accès facile

Le rapport souligne aussi que ces substances sont parfois vendues comme produits attractifs, notamment sous forme de confiseries, ce qui augmente le risque de consommation accidentelle ou sous-estimée. La plupart des substances ont été achetées sur Internet, ce qui illustre la facilité d’accès à ces produits en dehors des circuits médicaux ou réglementés. Quand les voies d’administration étaient connues, elles étaient orales, inhalées, nasales ou en parachute, et les effets recherchés étaient le plus souvent stimulants ou hallucinogènes.