Une nuit de violences racistes, en réaction à la tentative d’égorgement en pleine rue d’un Ecossais par un réfugié soudanais, a secoué Belfast mardi soir. Quelques jours après les révélations sur le meurtre d’Henry Nowak à Southampton, après Belfast (déjà) il y a un an, après Southport en 2024, ce scénario mortifère où des représailles anti-immigrés répondent à des crimes insoutenables se répète de plus en plus vite au Royaume-Uni.

Derrière ces exactions, l’extrême droite britannique est à la manœuvre. Elle prospère sur une culture de la violence de rue, issue notamment du hooliganisme. Elle profite de la faiblesse et de l’impopularité de Keir Starmer, incapable de convaincre alors que l’immigration est en recul outre-Manche.

Mais la colère se nourrit aussi des excès bien réels d’une politique anti-discrimination délirante. Inscrite dans la loi de 2010 sur l’égalité, l’injonction faite aux forces de sécurité de mesurer leurs biais racistes avant toute intervention a poussé plus d’une fois à une inaction coupable. Le cas Henry Nowak en est l’illustration accablante, les policiers ayant menotté le jeune homme agonisant après avoir cru son assassin qui se disait victime de racisme. Rappelons aussi l’attentat de Manchester en 2017 : un agent de sécurité avait repéré le comportement suspect du terroriste, sans oser donner l’alerte de peur de se tromper et d’être taxé de racisme. Que pouvait entraîner ce modèle sinon une réponse policière à plusieurs vitesses, un profond sentiment d’iniquité et la tentation folle de se faire justice soi-même ?

Pour sortir de cette spirale, la cheffe des conservateurs, Kemi Badenoch, propose d’en finir avec les lois favorisant délibérément les minorités, pour en revenir à une lutte anti-discrimination universelle. Dans une société multiculturelle au bord de l’échec, ce bon sens est devenu un chemin de crête.