Partie rejoindre le groupe État islamique (EI) en 2013 avec son mari combattant et leurs enfants, Camille F. a été condamnée mercredi à 12 ans de réclusion criminelle. La cour d’assises spéciale de Paris a estimé que l’accusée et son époux Sylvain « avaient “choisi sciemment d’amener leurs enfants dans une zone de guerre” ».
Le président a assumé une sanction sévère : « La peine est lourde, j’en conviens, mais vous avez encore besoin de prise de conscience des faits que vous avez commis, et leurs conséquences pour la société et pour vos cinq enfants particulièrement ». Il n’a toutefois « pas trouvé opportun de fixer une période de sûreté », estimant qu’il n’y avait « pas d’éléments de dangerosité ».
Ce que l’on sait du verdict
Camille F., 45 ans, était jugée pour « association de malfaiteurs terroriste » et « soustraction à ses obligations légales compromettant la santé, la sécurité, la moralité ou l’éducation » de ses enfants. L’avocate générale avait requis 15 ans de réclusion, avec une période de sûreté des deux tiers. La cour a finalement retenu une peine inférieure, tout en pointant des zones d’ombre.
Les juges ont relevé que l’accusée avait eu du mal à « reconnaître » son adhésion aux thèses de l’État islamique. Son mari Sylvain, jugé par défaut car présumé mort en 2015, a été condamné à la peine maximale de 20 ans de réclusion.
Ce que l’on sait de sa trajectoire
Le profil intrigue. Camille F. est décrite comme ayant eu une enfance « heureuse » et un parcours brillant dans les études scientifiques. Docteure en épidémiologie, ancienne ingénieure à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, elle bascule progressivement. Les experts décrivent une femme intelligente, située « dans la partie haute de la norme », mais marquée par une dépendance affective envers son mari. Un accident de moto constitue « un point de bascule », notent-ils. Peu après leur mariage, Sylvain se convertit à l’islam et se radicalise, entraînant Camille dans un « cheminement personnel » similaire.
Ce que l’on sait de son départ en zone de guerre
Le couple quitte la France avec ses enfants en 2012 pour la Jordanie, puis l’Égypte. En septembre 2013, Sylvain part en Syrie pour rejoindre un camp d’entraînement. Deux mois plus tard, Camille F., enceinte, le rejoint avec leurs enfants âgés de 10, 7 et 2 ans. Elle expliquera plus tard être « incapable de vivre » sans lui, préférant être « à ses côtés même s’il avait envie de combattre ». Son mari meurt au combat au printemps 2015.
Ce que l’on sait de sa vie au sein de l’EI
Après ce décès, Camille F. reste en Syrie. Elle se remarie avec un haut fonctionnaire syrien, avec qui elle aura un enfant en 2017. Elle travaille contre salaire dans une maternité, une fonction que la DGSI considère comme importante au sein de l’organisation. Pour la cour, elle n’était pas « un haut cadre » mais un « cadre intermédiaire ». Les juges rappellent néanmoins qu’être rémunéré « au service de l’Etat islamique n’est pas anodin » et constitue la preuve d’un « ancrage dans l’idéologie mortifère » du groupe. Avec son second mari et ses cinq enfants, Camille F. a fui les bombardements, jusqu’à la mort de son second époux, en février 2019.
Le parcours familial pèse lourd dans le dossier. Selon la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), ses enfants ont été confrontés quotidiennement à la violence. L’accusée elle-même a reconnu leur souffrance. « Je souhaite demander pardon à mes cinq enfants de leur avoir fait vivre un enfer et (de les avoir) exposés à une mort certaine », a-t-elle déclaré en pleurs. Aujourd’hui, les deux aînés vivent avec leurs grands-parents maternels. Les trois plus jeunes ont été confiés à l’aide sociale à l’enfance. Selon la DGSI, ses enfants ont été confrontés quotidiennement à la violence, rappelant que « 153 enfants français sont morts sous le règne du groupe Etat islamique ».