On a tous déjà lu, que la fameuse règle
60-30-10 garantissait une palette de couleurs réussie.
Soixante pour cent de teinte dominante, trente pour cent de couleur
secondaire, dix pour cent d’accents : sur le papier, le calcul
rassure et semble tout résoudre. Pendant longtemps, ce découpage a
guidé les peintures de murs comme le choix des canapés et des
coussins. Dans les intérieurs mis en avant en 2026, le décor est
pourtant bien différent. Magazines, réseaux sociaux et hôtels
design montrent des salons saturés de ton sur ton, des couloirs
entièrement peints, des cuisines maximalistes où les motifs se
répondent. Face à ces ambiances très personnelles, plusieurs
architectes d’intérieur remettent la formule en question. Et si la
vraie modernité consistait justement à s’affranchir de cette règle
fétiche ?
Règle 60-30-10 : un repère couleur rassurant mais de plus en
plus contesté
Pour mémoire, la
règle 60-30-10 répartit les couleurs d’une
pièce en trois parts. Environ 60 %
couvrent le fond visuel (murs, grand canapé, sol),
30 % correspondent à une couleur secondaire
(fauteuils, rideaux, tapis) et 10 % sont réservés aux
petites touches contrastées, comme les coussins ou les
objets. Ce cadre évite de surcharger une pièce et
a longtemps servi de filet de sécurité aux particuliers qui
n’osent pas la couleur.
La décoratrice Rebecca Hughes continue de l’utiliser, mais
seulement comme base de réflexion. Elle résume
pour Livingetc : « La règle 60-30-10 est un
point de départ utile, mais les schémas les plus sophistiqués
naissent rarement d’une application trop rigide des formules de
couleur ». Dans un appartement londonien, elle a superposé
noyer chaleureux, velours
terracotta, touches rouille et neutres doux sans hiérarchie
stricte. Pour elle, « la clé, c’est l’équilibre
plutôt que les pourcentages » et « quand on fait
confiance à son instinct en plus de la théorie des couleurs, les
maisons ont tendance à paraître beaucoup plus personnelles,
nuancées et intemporelles ».
Pourquoi la règle 60-30-10 paraît dépassée aux designers en
2026
La styliste Bari Jerauld, fondatrice de Blank Slate Studio,
affirme même ne jamais avoir suivi ces recettes.
« Les règles de design qui vous disent comment répartir
la couleur, quelles tonalités associer et ce qu’il faut éviter
ne manquent pas », observe-t-elle. « Les formules qui
promettent équilibre, harmonie et un résultat inratable, je n’en
suis aucune. Ce n’est pas parce que je suis dans la contradiction,
mais parce que des règles comme celles-ci ne peuvent pas
prendre en compte la façon dont la couleur vit réellement
dans un espace. » Marcelina Janiszewska, chez Project
London, va dans le même sens : « Les intérieurs d’aujourd’hui
sont plus personnels, composés et expressifs, ce
qui remet naturellement en cause la rigidité des ratios de
couleur ».
Pour Marcelina Janiszewska, « les meilleurs espaces ne
donnent pas l’impression d’être dictés par une formule, mais d’être
superposés et instinctifs ». Elle rappelle que
la couleur n’est qu’un levier parmi d’autres : veinage du
bois, pierre, lin, métal créent eux aussi
contraste ou douceur sans forcément passer par des
aplats bien découpés. Dans les pièces de vie ouvertes, les zones se
mêlent, la circulation se fait plus fluide, ce qui rend des ratios
figés peu adaptés. La tendance du
color drenching, où l’on immerge murs,
boiseries et parfois mobilier dans une même
teinte, sort carrément du cadre 60-30-10.
Nouvelles règles couleur : audace
contrôlée à la place du 60-30-10
Chez Dulux, Marianne Shillingford décrit un mode
d’emploi des couleurs : immersion d’une pièce dans une ou
deux teintes,
plafond souligné, surprises de couleur d’une pièce à l’autre.
Elle reconnaît que « la règle couleur 60-30-10 fonctionne à
merveille », mais sans toujours provoquer l’effet
waouh.
Pour Sam Grigg, l’essentiel est ailleurs : « les vraies
maisons ne sont pas faites de blocs de couleur bien nets, mais
de touches de couleur dans les
motifs, œuvres, textiles et mobilier ».