Lorsqu’il lui a été demandé ce que représentait cette traversée, sa voix s’est brisée. À la tête de l’association À tè Carlucciu, qu’il a fondée après le décès de son fils Carl’Andria, emporté à 11 ans par un cancer en avril 2024, Lionel Maulini n’a pas pu cacher son émotion : « Ces nageurs, je les aime. Ils étaient impressionnants à voir dans cette mer démontée. Malgré les difficultés, ils n’ont jamais rouspété. C’est extraordinaire ce qu’ils ont fait. »
Quelques minutes plus tôt, un peu après 9 h 45 ce jeudi 11 juin, les huit hommes et deux femmes partis dimanche à l’aube de Calvi, arrivaient dans un crawl déterminé, escortés par plusieurs embarcations jusqu’au quai du Phare des sourires, dans le port de l’Estaque à Marseille. Chaleureusement applaudis à leur sortie de l’eau, salués par de tonitruants « Bravo ! », ils avaient pris part à cette Traversée de l’espoir afin de sensibiliser le public aux trajets que sont contraints d’effectuer les enfants corses gravement malades entre l’île et le continent pour y être soignés.
Les dix nageurs, ici à leur arrivée à Marseille, ont parcouru 350 km dans des conditions météo qui ont été, la quasi-totalité du temps, très défavorables. David Rossi (La Provence)
« Pour les familles, c’est la double peine, parce qu’on n’a pas d’autre choix que de devoir tout arrêter pour accompagner son enfant dans la maladie », explique Lionel Maulini. Lui-même a vécu ce drame, qui aurait pu très vite se doubler d’une catastrophe financière sans la solidarité de ses proches. « Lorsque Carl’Andria a été hospitalisé à la Timone, on a dû passer 28 nuits à l’hôtel, mais au moment de régler la facture, le personnel nous a dit que les sapeurs-pompiers volontaires d’Ajaccio, avec qui je suis engagé depuis plus de vingt-six ans, avaient tout payé. Avec notre association, c’est cette solidarité qu’on a voulu redonner à d’autres familles touchées par la maladie. »
Ainsi l’association À tè Carlucciu récolte-t-elle des fonds de manière à soutenir les familles contraintes de se rendre sur le continent ou dans d’autres pays pour que les enfants y suivent des protocoles médicaux.
Une traversée de 350 km dans des conditions météo très défavorables
Cette cause, Jean-Luc Casini a choisi de la défendre en s’y donnant corps et âme. Le visage encore perlé d’eau salée, ce pompier professionnel d’Ajaccio est l’un des dix courageux nageurs de la traversée. Au terme de quatre jours chaotiques de nage, il confie se sentir « fatigué, mais la fatigue disparaît avec le combat qu’on porte, car on a tous un proche touché par cette maladie ».
Les 350 km qui séparent Calvi de Marseille ont pourtant loin d’avoir été faciles à parcourir. « Les conditions météo ont été très défavorables, à l’exception de lundi où la mer était lisse comme un lac, et où on a profité d’un véritable festival de la faune marine », sourit le pompier. Cachalots, rorquals, tortues, baleines, dauphins… Quinze heures durant, les volontaires ont assisté à un spectacle exceptionnel qui a laissé des traces dans leurs regards émerveillés.
« U Lionu », une peluche, symbole de l’aide apportée aux enfants confrontés à la maladie
Sitôt sur la terre ferme ce jeudi matin, une fois le drapeau à la tête de Maure tendu pour la photo-souvenir, l’équipage fantastique de la Traversée de l’espoir a remis un trophée à l’association Sourire à la vie qui les accueillait dans leurs locaux du Phare des sourires : « U Lionu », un lion en peluche mis sous verre en souvenir de l’événement. « Cette peluche est un clin d’œil à Carl’Andria qui était surnommé le petit lion de Bastelicaccia, où il a grandi, précise son père. Elle représente les enfants malades et l’aide qu’on veut leur apporter. »
Un présent qui a fait mouche auprès des Marseillais. « C’est une immense fierté de voir la société civile se mobiliser pour les familles et les enfants malades qui traversent une période si difficile qu’on ne peut pas l’imaginer », salue Jola Dellière, responsable partenariat et administration générale de Sourire à la vie.
L’objectif de ce défi sportif et solidaire est de sensibiliser le public aux trajets que sont contraints d’effectuer les enfants corses gravement malades entre l’île et le continent pour y être soignés. David Rossi (La Provence)
L’association marseillaise accompagne les familles de ces enfants malades en leur proposant des hébergements au Phare des sourires comme au Château sourire, à Sainte-Marthe. C’est dans cet échange de générosité que Lionel Maulini a conclu la matinée en remettant un chèque au nom d’À tè Carlucciu à une famille dont la petite fille est touchée par la maladie. Pour qu’au-delà de la traversée, demeurent l’espoir et la solidarité.