Le tableau volé à Lézignan-Corbières, retrouvé 41 ans après grâce à Interpol, refait surface. Estimée à 600 000 €, l’œuvre du XVe siècle sera désormais conservée à Narbonne, dans des conditions de sécurité renforcées.

Une délibération, au demeurant anecdotique, était proposée aux élus de Narbonne, jeudi soir en conseil municipal. Ce 11 juin, il est près de 20 h quand Vincent Belleyrian, conseiller municipal délégué au patrimoine et aux musées, porte connaissance du dossier ayant pour objet : convention de dépôt auprès de la Ville de Narbonne d’un tableau appartenant à la commune de Lézignan-Corbières. Avant de procéder au vote pour répondre favorablement ou non au dépôt de cette œuvre. Il faut remonter 41 ans en arrière… En cette nuit du 21 au 22 mai 1981, un tableau, daté du XVe siècle, représentant la Nativité et attribué à l’école allemande, est subtilisé dans l’église Saint-Félix de Lézignan-Corbières. En 2022, Alain-Marc Garcia, alors conseiller municipal et président des Amis de l’orgue de Saint-Félix, confiait à L’Indépendant : « Ils n’ont pas eu de mal : le tableau était situé à trois-quatre mètres de la petite porte. Ils ont juste eu à entrer, décrocher l’œuvre et s’en aller comme ils étaient venus. » Les monte-en-l’air viennent de mettre la main sur un trésor dans un édifice religieux se remettant à peine du vol d’un buste de la bienheureuse Bonne d’Armagnac, le 22 novembre 1980 mais restitué depuis.

Le tableau retrouvé quelque part en Russie

41 ans plus tard, l’organisation internationale de police criminelle, Interpol, retrouve en Russie, dans des circonstances floues, le tableau. Quelques mois plus tard, un appel est lancé, dans nos colonnes, à des particuliers alors en possession de photographies ayant pour cadre l’église Saint-Félix et attestant la présence du tableau dans ses murs. Enfin, le 25 avril 2022, le tribunal judiciaire de Paris A2 (exécution des peines et entraide pénale internationale) portait à la connaissance de François Amigues, conservateur des antiquités et objets d’art de l’Aude, cette découverte que le destinataire a immédiatement communiqué à la mairie de Lézignan.

Datée du XVe siècle, l’œuvre représentant la Nativité est attribuée à l’école allemande.

Datée du XVe siècle, l’œuvre représentant la Nativité est attribuée à l’école allemande.
Drac Occitanie – Philippe Hertel

Le 11 juin 2026, le conseil municipal de Narbonne apprend que sa voisine à plus d’une vingtaine de kilomètres s’est vue restituer le tableau, classé au titre des Monuments historiques en 1911, au terme d’une procédure administrative pilotée par les services du ministère de la Culture. Pour ce faire, des accords ont été trouvés auprès de la Direction générale des patrimoines et de l’architecture, Drac Occitanie, conservation régionale des monuments historiques, conservation des antiquités et objets d’art de l’Aude, le Parquet de Paris ainsi que de l’office central de lutte contre le trafic des biens culturels. Rien que ça.

Quand Vincent Beylerian dévoile l’estimation de la valeur du tableau retrouvé, la salle des Synodes comprend mieux les délais et les intermédiaires : « 600 000 euros » ! De quoi échauder Lézignan-Corbières qui a estimé le risque trop important à replacer l’œuvre de 76 cm de haut et 60 cm de long, là elle où elle avait été volée. Narbonne, présentant « l’opportunité de conditions plus favorables de sécurité et de valorisation de l’œuvre […] la Ville a souhaité répondre favorablement à cette proposition de dépôt. Elle complétera les collections de Primitifs italiens et flamands au parcours d’art au niveau de l’oratoire de Pierre de La Jugie ». Cette délibération a été acceptée par la totalité des élus.

Ligne TGV et feux d’artifice en conseil

Avant de conclure le conseil municipal, Bertrand Malquier, maire, a proposé aux élus de conforter le tracé choisi le mois dernier lors du conseil communautaire en pleine concertation de la LNMP (Ligne nouvelle Montpellier-Perpignan) et dont la mise en service est espérée au plus tard en 2040. Ce sont désormais les 37 communes de l’agglomération qui doivent voter pour la ligne privilégiée, à savoir celle par le massif des Corbières par un tunnel, « celle qui offre la meilleure intégration environnementale et paysagère. Nous avons également choisi la desserte voyageurs et la construction de la gare Côte du Midi », précisait le maire. Le conseil municipal de Narbonne a appuyé la pertinence de ce choix en votant pour.

Par ailleurs, le partenariat, engagé depuis 4 ans, entre les communes de Narbonne et Fleury-d’Aude a été renouvelé. Il concerne le tir de deux feux d’artifice au port de Narbonne-Plage afin d’être visible de part et d’autre de la jetée. « Cette organisation permet l’optimisation des moyens budgétaires, logistiques, techniques et humains et de faire bénéficier Saint-Pierre-la-Mer et Narbonne-Plage de feux de qualité pendant la période estivale. » Ils seront tirés les mercredi 15 juillet pour les artifices financés par Fleury et le vendredi 14 août pour ceux financés par Narbonne. « Nous avons choisi, en espérant qu’ils puissent avoir lieu, les tirs hauts, après un micro-trottoir, pour avoir une vue satisfaisante pour tous. Si nous voulions avoir les drones comme l’an dernier, mais offrir un spectacle de qualité identique, il aurait fallu débourser le triple du montant », concédait le maire.