Romain Simmarano (Renaissance) est un rescapé. Trois mois après les municipales, l’ancien porte-parole de Martine Vassal tente de tirer les leçons d’un échec collectif – et personnel dans les 1er-7e – qui n’a donné que quatre élus au conseil municipal. À 36 ans, le désormais ex-directeur de cabinet de Renaud Muselier à la Région veut incarner la relève de la droite et du centre, tout en maintenant le cordon sanitaire avec l’extrême droite. Loin des discours alarmistes tenus pendant la campagne sur l’état de Marseille, il entend offrir une opposition « utile » qui vivra aussi « hors les murs » : son collectif de jeunes Une Génération pour Marseille va devenir un vrai parti de la droite et du centre.
Comment auriez-vous pu éviter le crash des municipales ?
On doit faire un diagnostic sincère et regarder cette défaite dans les yeux : pourquoi les Marseillais ne nous ont pas choisis ? Parce que nous n’avons pas su maintenir une digue solide vis-à-vis de l’extrême droite et perdu en lisibilité ? Parce qu’on n’a pas voulu voir certaines évolutions de Marseille ? Parce qu’il fallait tout un mandat pour apprendre ce qu’était l’opposition, après les 25 ans passés au pouvoir par la génération précédente ? Tout s’entend.
Vous avez été personnellement clair vis-à-vis du RN. Martine Vassal, beaucoup moins…
En réalité, tous les deux, on a tenu les mêmes positions. Je n’ai rien à redire sur notre relation de travail. Mais on a bien vu par la suite que d’autres cachaient leur jeu et avaient déjà en tête l’idée de rejoindre l’extrême droite…
Le départ à l’UDR de Laure-Agnès Caradec qui était directrice de campagne a été une trahison ?
Oui. Elle est une femme emblématique de la génération Gaudin, intelligente et qui m’a toujours paru plus rationnelle et centriste que ses amis. Du jour au lendemain, elle s’est jetée dans les bras du RN pour rien.
Vous ne l’aviez pas vu venir ?
Dans le combat jusqu’à la dernière minute, peut-être n’ai-je pas voulu voir certains signes… La grande clarification est en cours. À Une Génération pour Marseille, il n’est pas envisageable un seul instant de nous allier avec l’extrême droite. Notre famille politique a encore son mot à dire.
Face à une gauche ultra-majoritaire ?
Le Printemps marseillais a tous les pouvoirs pour faire réussir Marseille. C’est une bonne chose. Mais est-ce que le métro va rouvrir le soir, puisqu’on nous disait que c’était si facile ? Est-ce que les piscines seront ouvertes cet été ? Le plan Marseille en grand va-t-il continuer à se mettre en place ? Nous serons une opposition utile et constructive.
Vous avez enfin pris conscience que Marseille changeait ?
Je ne sais pas si on n’a pas voulu voir ou si on a rejeté ce changement. Le résultat est le même. On ne peut pas parler uniquement à la droite, n’utiliser que des verbes en « re » – reconstruire, regagner, reconquérir – et ne pas avoir de discours clair vis-à-vis du bobo à vélo-cargo comme du jeune des cités. Désormais, on a le devoir d’aimer Marseille et de résoudre ses problèmes. Sans perdre de vue le socle de service public – je tiens particulièrement à l’égalité face à l’insécurité -, il faut également parler du rayonnement de Marseille, de la création d’emplois, de l’intelligence artificielle…
Il faudra aussi faire avec la situation financière de la Métropole. Comme Nicolas Isnard, avez-vous été étonné de l’ampleur du déficit ?
Comme c’est la première fois que je suis élu, j’ai tout découvert en même temps. Plusieurs maires ont expliqué que ce déficit était connu, et la CRC le confirme ! Les magistrats de la Chambre ont fait un travail solide, objectif : c’est en fait un audit externe réalisé par des magistrats aguerris. Je n’aurai pas la prétention, après 3 mois de mandat, de savoir si ces pistes d’économie sont les bonnes, mais elles sont issues d’un travail sérieux. J’ai confiance dans le préfet et dans Nicolas Isnard pour trouver la bonne issue : dans la métropole des maires, si un effort doit peser sur les communes, alors il doit être équilibré et proportionnel.
Où feriez-vous les économies ?
Ma priorité absolue, c’est la réussite de Marseille. Notre ville ne peut pas supporter plus de pression financière qu’aujourd’hui.
Benoît Payan a-t-il besoin de vous pour éviter le mano à mano avec le RN ?
Marseille mérite mieux qu’un tête-à-tête de six ou sept ans entre l’autosatisfaction du Printemps marseillais et les vociférations de l’extrême droite. Nous avons une triple mission de proposition, d’opposition et d’alerte. Par exemple, tirons les leçons du scandale d’État du périscolaire à Paris. Je propose à Benoît Payan un audit interne sur le processus de recrutement, d’organisation et de signalement dans nos écoles et nos activités périscolaires. J’ai toute confiance en nos personnels. Mais on ne peut se permettre ne serait-ce qu’une brebis galeuse.
Souhaitez-vous que le seuil pour former un groupe municipal soit abaissé à quatre élus ?
Nous ne demandons rien d’autre que la possibilité de faire entendre la voix de nos courants de pensée dans l’hémicycle. Mais l’opposition doit aussi exister à l’extérieur. Avec Sandra Blanchard, nous avons décidé de franchir un cap : Génération Marseille va devenir une véritable formation politique pour structurer cette opposition hors les murs.
En quoi cela va-t-il consister concrètement ?
Ceux qui nous rejoindront pourront préparer les séances avec nous et faire des propositions avec un fil conducteur : l’intérêt de Marseille. On veut retrouver des soirs de victoire et rallumer la lumière. On n’a rien inventé de structurant depuis la capitale européenne de la culture en 2013. Marseille aurait dû être en mesure d’accueillir dans une Arena les Jeux olympiques d’hiver et la Coupe du monde de basket 2031. Nous maintenons aussi la proposition d’une Exposition universelle.
Avez-vous été surpris que Renaud Muselier parte aux sénatoriales ?
Je suis plus surpris et ému par son départ de la présidence de la Région. Nous avons passé douze ans ensemble au service d’un projet politique. Ça ne s’efface pas d’un trait de plume. Mais je ne suis pas surpris qu’il ait envie de servir son pays au sein de l’hémicycle sénatorial.
Mais en quoi sera-t-il plus utile qu’à la Région ?
Il a suffisamment d’expérience pour savoir où il sera le plus utile et efficace. Le bilan régional est positif. Personnellement, je retiendrai le plan Escale zéro fumée sur le port et le Samu neuf à la Timone. Renaud Muselier fait également quelque chose d’inédit à Marseille : il transmet le flambeau à son successeur.
Beaucoup y ont vu une fuite avant la défaite annoncée face au RN en 2028.
Je l’ai vu combattre le système Guérini, puis l’extrême droite lors de deux élections régionales qu’on disait perdues d’avance. La prochaine n’a rien de très différent. On doit respecter son choix. Et aider son successeur à gagner en 2028 pour mener à bien la Ligne nouvelle, le plan Maisons de santé et les Jeux olympiques d’hiver.
Allez-vous suivre Renaud Muselier au Sénat ?
J’ai quitté mes fonctions de directeur de cabinet du président de Région le 1er juin pour assumer pleinement ma nouvelle charge d’élu. Ne plus être un salarié de la politique donne une liberté. Je souhaite revenir à mes premières amours, l’enseignement et la recherche. Parce qu’en politique, il faut en permanence se remettre en question, écouter, savoir ce qui se trame notamment chez les plus jeunes.