Jusqu’alors, sur le site du Hellfest à Clisson (Loire-Atlantique) où elle est depuis deux ans, la Gardienne des ténèbres était muette. De la bouche de l’ensorcelante création de la compagnie La Machine, ne sortaient pas de sons. Elle se contentait de cracher de l’eau et du feu. Mais cette année, Lilith crachera sa colère, des rires sardoniques, mais saura aussi se faire tendre, sensuelle… comme elle l’a fait dans ses déambulations à Toulouse, en 2024.
Et comme une évidence pour ceux qui la connaissent, Mathilde Lemonnier est sa voix. Une Lilith parfait dans son timbre, son esprit et son engagement. Artiste multifacettes installée à Nantes, Mathilde Lemonnier a été la diva barok’n roll du feu groupe punk-rock Christiane F et donne de la voix, parfois gutturale dans le duo Gaz Moutarde, sur des textes très féministes.
Artiste peintre, elle travaille depuis des années sur une série de Monstrueux ancêtres que l’on peut voir, heureux timing des calendriers, au Rayon vert à Nantes, jusqu’à dimanche 14 juin.

Comédienne au sein de la compagnie La machine et artiste multitalents, Mathilde Lemonnier est la voix de la gardienne depuis sa création en 2024. Mais à Clisson, la créature était restée muette. Jordi Bover/compagnie La Machine.
C’est donc sans hasard que François Delarozière a laissé le micro à celle qui était comédienne dans sa compagne La Machine pour incarner Lilith. Je lui ai inventé un langage qui n’existe pas. Je me suis inspirée de films d’horreur, de leurs sons, du parler à l’envers…, raconte Mathilde Lemonnier, qui improvise au fur et à mesure de la déambulation de la Gardienne. Je suis en face d’elle et je fais en fonction de ses regards, ses mouvements… J’interagis avec le public. J’adore ! Je m’éclate et cette gardienne correspond à mes convictions féministes. Lilith est une insoumise. Elle a été faite dans la même glaise qu’Adam, mais elle a été bannie, contrairement à Eve sortie sa cote, une belle parabole du patriarcat.
L’exposition Les monstrueux ancêtres de Mathilde Lemonnier est visible jusqu’au dimanche 14 juin, au Rayon vert, 1, rue Sainte-Marthe, à Nantes. La galerie sera ouverte samedi, de 14 h à 18 h, et dimanche, de 11 h à 13 h, en présence de l’artiste.