Un juge londonien a condamné vendredi quatre militants de Palestine Action à plusieurs années de prison pour avoir agi en tant que terroristes lorsqu’ils ont fait irruption dans une usine de défense israélienne au Royaume-Uni et détruit du matériel dans le but de perturber la production d’armes qui, selon eux, risquaient de tuer des personnes à Gaza.

L’effraction chez Elbit Systems a causé 1,2 million de livres sterling (2,25millions $ CAN) de dégâts et a donné lieu à un affrontement avec les agents de sécurité et les forces de l’ordre, au cours duquel un policier s’est cassé le dos.

Le juge Jeremy Johnson a estimé que le crime allait au-delà des simples dommages matériels pour lesquels les quatre avaient été condamnés, car ils visaient à empêcher l’entreprise de défense de fonctionner ou à forcer le gouvernement britannique à mettre fin à sa production, ce qui, selon lui, conférait au crime un «lien avec le terrorisme».

«Chaque accusé a accepté de prendre part à des actions de grande envergure, et l’a fait dans le but commun de faire fermer Elbit et de mettre fin à ce qu’ils considéraient comme la complicité britannique dans les crimes de guerre israéliens, a déclaré Jeremy Johnson. L’action visait à influencer le gouvernement britannique et à intimider une partie de l’opinion publique, et avait pour but de faire avancer une cause idéologique ou politique.»

Samuel Corner, 23 ans, a été condamné à 7 ans et 8 mois de prison. Charlotte Head et Leona Kamio, âgées de 30 ans, ont été condamnées à 5 ans de prison, et Fatema Rajwani, 21 ans, à 4 ans et 8 mois de prison.

L’attaque contre l’usine de Bristol en 2024 a été l’un des événements qui ont conduit le gouvernement, l’année dernière, à interdire Palestine Action en tant qu’organisation terroriste, ce qui a entraîné l’arrestation de plus de 1600 personnes manifestant en soutien au groupe entre juillet et septembre de l’année dernière, selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur.

La Haute Cour de Londres a jugé que la décision d’interdire le groupe était illégale, mais a maintenu l’interdiction en attendant une décision de la cour d’appel prévue lundi.

Alors que le prononcé de la sentence était en cours à la Cour criminelle de Woolwich, plus de 100 manifestants de Palestine Action ont été arrêtés devant le palais de justice, dans le sud-est de Londres.

Les quatre accusés ont été reconnus coupables de dommages criminels en mai.

Head a enfoncé une camionnette dans les grilles de l’usine d’Elbit Systems le 6 août 2024 et les quatre militants, vêtus de combinaisons rouges, ont utilisé des marteaux et des pieds-de-biche pour détruire du matériel dans le but de démanteler la production de drones qui, selon eux, seraient utilisés pour tuer des personnes au Moyen-Orient.

Lors de l’affrontement avec les forces de sécurité et de l’ordre, Corner a frappé deux fois dans le dos la sergente Kate Evans avec une masse de 3,2 kg, lui fracturant la colonne vertébrale. Il a été reconnu coupable de coups et blessures graves.

Mme Evans a énoncé au tribunal qu’elle se remettait encore de ses blessures et qu’elle avait été la cible de courriels haineux suggérant qu’elle travaillait pour «l’occupation sioniste de la Grande-Bretagne».

«L’impact émotionnel de cet incident a été profond et perdure, a-t-elle souligné. Je souffre de troubles du sommeil, me réveillant souvent en état de panique ou après des cauchemars angoissants. »

La décision de Jeremy Johnson selon laquelle ce crime était lié au terrorisme signifie que chaque condamné devra purger au moins les deux tiers de sa peine et devra obtenir l’accord de la commission des libérations conditionnelles pour être libéré.

Amnesty International a déclaré que le fait de traiter les dommages criminels comme du terrorisme créait un dangereux précédent.

«L’audience de détermination de la peine d’aujourd’hui risque de marquer un nouveau creux dans la répression en cours contre les manifestations à travers le Royaume-Uni, a commenté Kerry Moscogiuri, directrice générale d’Amnesty International au Royaume-Uni, dans un communiqué. Il est tout à fait disproportionné de procéder ainsi, car l’infraction a été commise lors d’une manifestation.»

Ces condamnations surviennent après un précédent procès au cours duquel les jurés avaient acquitté six accusés des chefs de cambriolage aggravé et de troubles violents, mais n’avaient pas pu se mettre d’accord sur les chefs d’accusation de dommages criminels. Les deux autres accusés ont été acquittés lors du nouveau procès.