De la Manche aux monuments marseillais, il n’y a qu’un podium. Plus de 1000 km séparent Granville de Marseille. Pourtant, ce samedi 13 juin, Cassandre Lemeilleur a réussi à faire oublier la distance au château de la Buzine.
Invitée de cette édition 2026, la jeune Normande s’est dite « très touchée » par cette reconnaissance : « Marseille mérite sa place dans la mode responsable. Il se passe quelque chose ici. Et tout est en accord avec les valeurs que nous défendons ». Sous une chaleur harassante, la fondatrice d’Amour Collective a présenté 300 créations confectionnées spécialement pour l’occasion, en trois mois dans son atelier manchois, avec l’aide d’alternantes, de stagiaires et de bénévoles.
Des mannequins de plus de 90 ans
Sur une bande-son poétique consacrée aux souvenirs d’enfance, aux maisons qui nous construisent et aux trajectoires qui façonnent chacun d’entre nous, Cassandre a dédié son défilé à « toutes et tous », avant l’arrivée de la première silhouette. Une entrée en matière fidèle à l’esprit d’Amour Collective. Avec sa marque fondée en 2018, la créatrice revendique une mode qui raconte des histoires de vie, portée par l’amour et la diversité des parcours. La trentenaire pousse d’ailleurs régulièrement les portes des maisons de retraite pour trouver ses modèles pour ses défilés intergénérationnels.
Cassandre Lemeilleur, la créatrice de la marque Amour Collective Photo Gilles Bader
À Marseille, sa philosophie a pris corps avec la participation de 56 mannequins amateurs, dont 28 venus de Normandie et 28 autres recrutés localement. Parmi eux figuraient 13 seniors marseillais, dont certains avaient plus de 90 ans.
Dans la cour du château de la Buzine, les rangées de chaises en bois dépareillées racontaient déjà une histoire de générations. Certaines semblaient sorties d’un atelier, d’autres d’un salon Louis XV. Entre les tables recouvertes de napperons en dentelle, les compositions de fleurs séchées, les brins de lavande et les vieux mannequins Stockman, le décor avait des airs de maison de famille.
Une marque de mode à part entière
Le premier look a captivé les regards avec sa veste noire et dorée ornée de 800 boutons recyclés. Devenue emblématique, cette pièce, portée par l’animatrice Daphné Bürki sur France 2 lors de l’arrivée de la flamme olympique en 2024, a d’ailleurs été déclinée dans une version grise aux boutons argentés.
Les silhouettes se sont ensuite succédé entre pantalons capri, vestes de cuir oversize agrémentées de ceintures aux larges boucles, parfois placées dans le dos. D’abord dominée par le noir, le cuir et les motifs peau de vache en hommage à la Normandie, la collection s’est progressivement colorée et éclaircie pour évoquer le Sud. Au fil du défilé, la musique a elle aussi fait le lien entre les deux territoires. Les notes d’un morceau de Jul ont résonné, arrachant quelques sourires complices aux publics et aux mannequins. Paniers remplis de fleurs fraîches, vases, sacs demi-lune et coiffes spectaculaires en rotin ou fleuries ont ponctué ce voyage entre Manche et Méditerranée.
Amour Collective prône une mode portée par l’amour et adaptée à toutes les générations. Photo Gilles Bader
Derrière ces créations saluées par le public se cache une autre façon de produire de A à Z. Soie, coupons de tissus et cuir sont récupérés dans un rayon de 25 km autour de l’atelier grâce à des partenariats avec Emmaüs, le Secours populaire ou encore une maison de luxe. Une démarche locale et responsable qui a naturellement trouvé sa place au sein de la Slow Fashion Week marseillaise.