Par
Manon Haddouche
Publié le
13 juin 2026 à 12h41
; mis à jour le 13 juin 2026 à 13h29
Dans l’amphithéâtre du Domaine d’O, sous un ciel pâle de fin de soirée où la nuit n’a pas encore complètement pris ses quartiers, Circa ouvre « Revoir les étoiles » dans une bascule entre lumière, musique et vertige. Dès les premières secondes, une ouverture au son de la guitare électrique et en lumière, avec une cascade d’ampoules, installe le décor.
La scène, en extérieur, devient un espace où la lumière dessine, révèle, élève. La première représentation a eu lieu le vendredi 12 juin et la seconde et dernière a lieu ce soir, samedi 13 juin, à 22h.
Corps, lumière et vertige
Très vite, les corps prennent possession de l’espace. Douze acrobates et quatre musiciens composent une partition physique et sonore où tout semble respirer ensemble. La poésie des lignes musculaires qui se dessinent sous la lumière se découvre. Le spectacle, signé Yaron Lifschitz, dernière création de la compagnie australienne Circa, tire son titre des dernières lignes de l’« Inferno » de Dante Alighieri. Après avoir traversé de sombres ténèbres, le poète voit enfin les étoiles. Une image fondatrice qui traverse toute la pièce : celle d’un espoir qui avance sans pour autant ignorer la noirceur. Par ailleurs, le poème n’y est jamais illustré.
Dans la note d’intention, il est écrit qu’il s’agit d’« un cirque qui tire son optimisme des risques réels, de corps réels, d’une véritable virtuosité. Le danger est authentique. L’espoir naît du risque ». Et c’est précisément ce que l’on voit se déployer. Un corps qui chute et se relève. Puis un autre. Ils s’empêchent, s’élèvent, se poussent. Les agrès deviennent des prolongements de cette écriture du mouvement. La frontière entre chute et envol se brouille parfois, dans un mouvement continu entre contrôle et abandon. Gracieux et fluide, parfois traversé d’une touche d’humour, le spectacle avance entre légèreté aérienne et lourdeur assumée des corps, force et douceur mêlées, équilibre et déséquilibre. On se laisse emporter.

Dans les gradins, des enfants s’émerveillent. (©Nick Mitmanski)Vidéos : en ce moment sur ActuDans les gradins
Derrière nous, des enfants s’émerveillent. « Elle est contorsionniste ? » lance une petite fille. Assise à côté d’elle, son amie rit franchement et lâche : « S’il se rate, il est foutu ». Cette douce naïveté rend compte de l’expérience du risque tangible auquel nous faisons face. Et comme elles, nous entendons le souffle des acrobates et reprenons le nôtre en même temps, après qu’il ait été suspendu à quelques mètres du sol.
Un ciel constellé
Vers la fin du spectacle, la musique se rapproche encore de la scène, comme si elle entrait elle-même dans la danse. Le dispositif se resserre, la relation entre son et corps devient plus directe et centrale. Puis les lumières, d’abord en cascade lors de l’ouverture, viennent consteller la scène dans un mouvement commun. Elles deviennent autant de points lumineux au milieu desquels les acrobates évoluent. Comme un ciel inversé. Les corps y jouent piano et forte, jusqu’aux derniers envols portés par une balance posée au plateau.
Et les étoiles restent
Une heure quinze durant, « Revoir les étoiles » déploie un espace poétique où le geste et la lumière se répondent. Entre musique jouée en direct, prouesses acrobatiques portées sans ostentation et composition lumineuse, Circa transforme l’amphithéâtre en paysage suspendu. Une traversée qui semble suivre, comme chez Dante, le chemin des ténèbres vers les étoiles.
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> « Revoir les étoiles », par Circa. Le samedi 13 juin à 22h. Billetterie sur place ou par ici en ligne.
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