Dans l’appartement baigné de lumière, les rideaux se soulèvent doucement sous l’air chaud du début d’été. Une odeur de café flotte encore. Au milieu des pelotes, des chutes de tissus et des machines à coudre, des ours en peluche observent la scène. Certains tiennent debout. D’autres attendent, inachevés. Ici, dans le quartier Périer, on ne vient pas transformer un vêtement. On vient déposer une histoire. Isabelle, 1,60 m, silhouette discrète, manipule les tissus comme des archives fragiles. « Les personnes me confient des habits, mais surtout ce qu’il y a derrière », résume-t-elle. Pyjamas d’enfants, chemises, parfois des pièces impossibles à jeter : « Ce sont des choix de cœur », chuchote-t-elle.
Tout commence par un sac posé sur la table, puis un récit. Dans un coin, un ours jaune et noir attire l’œil. « Les vêtements étaient très sombres. J’ai cherché à faire entrer un peu de lumière », raconte Isabelle dans un souffle concentré. Elle ne parle pas de design mais d’équilibre. D’émotion. Rapidement, les commandes prennent une autre dimension. « Je rencontre beaucoup de gens qui ont vécu des deuils. Je ne m’y attendais pas », confie-t-elle, encore traversée par ce qu’elle reçoit….