Après de nouvelles sanctions prises par l’Union européenne [UE] à l’égard de la « flotte fantôme » de pétroliers qu’elle utilise pour contourner les restrictions imposées à ses exportations d’hydrocarbures, la Russie a assuré qu’elle ne resterait pas les bras croisés. C’est en effet ce qu’a affirmé Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, le 21 mai.

« Un éventail assez large de moyens est disponible, bien entendu, dans le cadre du droit international », a-t-il dit. « Comme l’ont montré les récents événements liés à une tentative d’attaque pirate contre l’un des pétroliers, la Russie a démontré sa capacité à réagir avec une grande fermeté », a-t-il ajouté.

Sauf que l’incident auquel a fait référence M. Peskov a donné lieu à une violation de l’espace aérien de l’Estonie par un avion de combat russe Su-35 Flanker E, ce dernier étant intervenu alors que la marine estonienne cherchait à contrôler le pétrolier M/T Jaguar. Du moins est-ce la version des faits avancée par Tallinn.

Cela étant, les pétroliers de cette « flotte fantôme » ne font pas que transporter des hydrocarbures russes. Certains d’entre eux ont été accusés de se livrer à des actions relevant de la guerre hybride, par exemple en laissant traîner leur ancre sur plusieurs dizaines de nautiques afin d’endommager des infrastructures sous-marines critiques. Mais encore faut-il pouvoir prouver l’intentionnalité de tels actes… ce qui est loin d’être simple.

« Dans la Baltique, innocemment, certains bateaux laissent traîner leurs ancres pendant plus de 100 km… Pour avoir commandé un bateau, je peux vous dire que c’est quand même étonnant de naviguer avec une ancre qui râcle le fond », a ironisé l’amiral Nicolas Vaujour, le chef d’état-major de la Marine nationale [CEMM], lors d’une audition parlementaire, le 21 mai.

Quoi qu’il en soit, le lendemain, le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a indiqué que le navire hydrographique ORP Heweliusz était en train de vérifier si des explosifs n’avaient pas été déposés près d’un câble électrique reliant la Pologne à la Suède par l’un des pétroliers de cette « flotte fantôme », le comportement de ce dernier ayant paru « suspect ». Un tel mode opératoire, s’il était avéré, serait inédit…

C’est dans ce contexte que deux avions de combat polonais, dont le type n’a pas été précisé [F-16 ou MiG-29, ndlr] ont, à la demande du « commandement opérationnel » de l’Otan, intercepté et « dissuadé » un bombardier tactique Su-24 Fencer des forces aériennes russes… dans l’espace aérien international de la Baltique. Ce qui, là encore, n’est pas commun.

Selon le ministre polonais de la Défense, Władysław Kosiniak-Kamysz, ce Su-24 Fencer a été intercepté parce qu’il « effectuait des manœuvres dangereuses et délibérées, posant une menace ». En quoi l’avion russe était-il dangereux ? Il ne l’a pas précisé.

On peut cependant se risquer à avancer trois hypothèses. La première est que le Su-24 a cherché à intimider un navire engagé dans l’une des opérations menées par l’Otan dans la région de la Baltique. Ce qui ne serait pas un première… La seconde est qu’il volait sans transpondeur, ce qui n’aurait rien d’inédit. Quant à la dernière, il est possible que l’avion russe en question ait été un Su-24MR, c’est-à-dire un avion spécialisé dans le recueil du renseignement, et qu’il se soit montré un peu trop curieux.

Le ministre polonais a lié cet incident aux manœuvres suspectes d’un des navires de la « flotte fantôme » près du câble électrique entre la Suède et la Pologne. Au passage, il a précisé que les données récupérées par l’ORP Heweliusz allaient être analysées par des experts de l’opérateur national du réseau électrique PSE.

« Ces deux événements montrent à quel point la mer Baltique est vitale pour maintenir ouvertes les lignes de communication, de commerce et de transport, ainsi que pour protéger les infrastructures critiques », a commenté M. Kosiniak-Kamysz, avant de préciser que la Pologne demanderait à l’Otan de prolonger et d’étendre l’opération Baltic Sentry, lancée en janvier pour prévenir tout acte de sabotage dans la région.