À l’heure de jouer son avenir en Top 14, l’USAP s’apprête à défier un Stade Toulousain en pleine forme, samedi soir à Aimé-Giral (21 h 05). Entre espoir d’un exploit à domicile et doutes sur le niveau affiché, Gérard Majoral et Christophe Porcu, anciens troisième et deuxième lignes sang et or, livrent leurs analyses.

C’est la question qui trotte dans la tête de tous les Catalans depuis dimanche : comment faire tomber le Stade Toulousain, samedi (21 h 05), pour croire en un maintien direct lors de la dernière journée ? Parce que Toulouse survole sur le Top 14. Mais aussi parce que l’USAP galère. Elle met beaucoup de cœur à l’ouvrage mais se paie peu, et inscrit peu de points. L’inverse de Toulouse.

Pourtant, il faut y croire si les Catalans veulent profiter d’un faux pas largement possible de Paris à domicile contre Castres, samedi soir aussi. Un dernier match à Aimé-Giral, une rencontre décisive pour la survie de l’USAP… « Sur des matches comme ça, Perpignan a su renverser les pronostics, lance l’ancien troisième ligne sang et or, Gérard Majoral (1987-1999). Donc j’ai confiance en la résurrection de l’homme au travers de ce match, de par son engagement et dans la communion qu’il peut avoir entre le club et le public. »

Il manque ce truc qui peut nous faire basculer.

Un optimisme absolument pas partagé par le deuxième ligne Christophe Porcu (2002-2006 puis 2008). « Même sur un dernier match à la maison, aller chercher le maintien direct est une opération très compliquée, assure-t-il. Avec ce qu’on montre depuis plusieurs matches, je ne pense pas qu’on puisse s’en sortir, d’autant que, pour Toulouse, c’est son dernier test avant les demi-finales. Quand on voit ce que nous produisons collectivement, mise à part dans l’engagement, je ne vois pas comment on pourrait déborder une équipe comme Toulouse. On n’arrive pas à enchaîner les performances collectivement. À partir de là, ça devient dur de mettre son jeu en place : on ne franchit plus comme on avait pu le faire la saison dernière, on joue ligne contre ligne, la conquête est moyenne, notamment en touche, où on a peu de ballons, et les seuls que nous avons c’est pour s’en débarrasser parce qu’on est sous pression… »

Parce que c’est bien là que le bât blesse : l’USAP ne marque pas assez. Et contre Toulouse, il faudra passer la ligne car il sera difficile de rendre muette leur attaque. « Même si nos gars s’y filent et que devant ça joue, il manque ce truc qui peut nous faire basculer. Et, Toulouse, n’attend que ça, c’est-à-dire qu’ils ne vont pas trop se livrer, défendre et ensuite écarter les ballons. Est-ce qu’on sera capable de freiner cette équipe-là ? », s’interroge l’ancien deuxième ligne. Gérard Majoral s’attache, lui, à des valeurs très catalanes pour aller chercher le salut : être en phase avec un public chauffé à blanc et honorer le quart d’heure catalan. « Tout le monde regarde Toulouse jouer. Nous, on ne l’a jamais fait, insiste l’ancien troisième ligne. On a surtout regardé les shorts et les jambes en se disant que c’est là qu’il faut mettre les coups d’épaule. Un Toulousain très bon, c’est un Toulousain qui ne sert à rien, qui est par terre et, nous, il faut se relever plus vite. Toutes les ficelles pour battre Toulouse on les connaît et elles ont déjà marché (trois victoires de suite pour l’USAP à Aimé-Giral, NDLR). Si on se réfère au fait que rarement Toulouse a gagné à Perpignan, il faut se dire : « Comment on a fait ? » Et réussir à le remettre en pratique. »

Une intensité et un engagement pour maîtriser son destin

Le tout avec une règle très simple : « Celle des « trois P » : plaquer, plaquer et encore plaquer, résume Gérard Majoral. Derrière, on aura la capacité à jouer sur des ballons de récupération, d’autant qu’on est capables de marquer des essais qui viennent de loin. Plus on se rapprochera de la ligne de Toulouse, plus la défense sera dense, donc il faudra partir de loin. » Et dans ce florilège de valeurs catalanes, l’intensité sera au cœur des attentes : « Le rugby a changé mais les hommes non, et on les jugera sur l’intensité avec laquelle ils vont entrer dans ce match. Il faut que ces hommes soient capables de se sublimer, de se surpasser pour gagner ce match parce qu’ils sont acculés. Et ça, il faut le sentir dans le premier quart d’heure. Ces hommes sont face à leur destin. »

Un destin qu’il faudra aussi un peu forcer. Car, gagner contre Toulouse restera un exploit. Mais aussi parce qu’accrocher la 12e place et s’éviter un access-match, à Grenoble ou Montauban, rimerait avec une défaite du Stade Français chez lui. « On a les cartes en mains, et on sera tous supporters Castres », sourit Majoral. Le public et les anciens sang et or attendent tous le réveil du groupe catalan. Peut-être au meilleur des moments.