Par

Marie Lamarque

Publié le

8 juil. 2025 à 6h42

« Notre sentiment, c’est que l’on a enterré Bilal avec une part de la vérité », explique Layla, la belle-sœur de Bilal. Fin juin 2025, cinq mois après les faits, la famille de Thibault Weninger (qui se faisait appeler « Bilal ») lançait un nouvel « appel à la transparence ». L’homme de 34 ans est décédé le 24 janvier dernier, dans le quartier de la Faourette, au sud-ouest de Toulouse. Une enquête avait été ouverte afin de déterminer les circonstances du drame.

Selon les premiers éléments qui avaient été communiqués à Actu Toulouse, l’homme aurait refusé de s’arrêter lors d’un contrôle de police, avant de s’encastrer dans un poteau de stationnement. Une version contestée par les proches du jeune homme, nourris par des témoignages qu’ils ont recueillis.

Information judiciaire ouverte : « une excellente nouvelle »

« On n’acceptera pas que l’on étouffe cette affaire », lance MePascal Nakache, avocat de la famille de Bilal avec MeMerouane Khennouche. Depuis plusieurs mois, les proches du jeune homme demandaient à avoir accès au dossier, et notamment aux images de caméras de vidéoprotection afin de comprendre ce qu’il s’est passé.

Mes Pascal Nakache et Merouane Khennouche.
Mes Merouane Khennouche et Pascal Nakache. (©Marie Lamarque / Actu Toulouse)

« Nous savons qu’une information judiciaire a été ouverte le 26 mai dernier pour homicide involontaire et non assistance à personne en danger », indiquait Me Pascal Nakache le 27 juin dernier. Une information confirmée par David Charmatz, procureur de Toulouse, contacté par Actu.fr. Il précise que, pour le moment, « aucune personne n’a été mise en examen ».

Vidéos : en ce moment sur Actu

Pour Me Nakache, ce changement « est une excellente nouvelle, car c’est la seule procédure pour que la famille ait connaissance du dossier ». Images des caméras, compte rendu de l’autopsie, expertise du scooter… « Pour le moment, nous n’avons accès à rien », ont souligné les avocats de la famille. Et d’ajouter qu’à l’automne, ils espèrent rencontrer « le magistrat instructeur ».

Circonstances de l’accident et prise en charge

En attendant, faute d’éléments, les proches de Bilal ont mené leur propre enquête. Ils expliquent avoir recueilli des témoignages, notamment « quatre, très précis », laissant croire que la police serait à l’origine de la perte de contrôle après un choc avec le scooter.

Leurs questions portent aussi sur la prise en charge de Bilal. Pour rappel, pompiers et SAMU l’avaient évacué vers les urgences de l’hôpital Purpan. Touché à la tête, son état s’était ensuite brusquement dégradé. Il était décédé dans l’après-midi des suites de ses blessures.

Les forces de l’ordre ont-elles trop attendu pour appeler les secours ? « Les actes commis n’ont pas été adaptés, d’où le chef de non-assistance à personne en danger », affirme Me Nakache.

Le procureur de la République de Toulouse, David Charmatz, indique, de son côté, que « les bruits », relayés sur les réseaux sociaux, sont « à vérifier » : ils « laissent penser que les policiers ce seraient d’abord préoccuper de son maintien à disposition avant de lui attribuer des soins. Nous devons creuser pour vérifier s’il y a des éléments qui permettent de retenir [ces ‘bruits’] ou non. »

Rassemblement interdit par le préfet,…

Depuis le drame, les proches de Bilal, à l’initiative du « comité vérité et justice pour Bilal », ont organisé plusieurs marches blanches. Dernièrement, un appel avait été lancé pour un nouveau rassemblement le dimanche 15 juin, mais il n’avait pas été déclaré. Un arrêté préfectoral était venu l’interdire. De quoi provoquer la colère chez les proches.

Dans son arrêté, le préfet de Haute-Garonne était revenu sur les faits, en soulignant que Bilal était « au volant d’un scooter circulant à vive allure » et qu’il avait perdu le contrôle de son engin « alors que des policiers municipaux en contrôle routier lui faisaient signe de ralentir ».

…les avocats dénoncent une « violation du secret d’instruction »

La reprise de ces éléments dans un document administratif constitue une violation du « secret d’instruction » pour Mes Nakache et Khennouche. « Cela fait peser la faute sur la victime. Nous projetons de saisir le tribunal administratif ».

Contactée par Actu Toulouse, la préfecture se défend : « en raison du principe de la séparation des pouvoirs, le préfet n’a pas connaissance de la procédure judiciaire dans ce dossier. Il ne pouvait pas compromettre le secret de l’instruction ».

« Nous continuons de croire en la justice »

« Nous savons que les tentatives pour nous discréditer ne s’arrêteront pas, lance Layla, la belle-sœur de Bilal. Nous continuons de croire en la justice et attendons qu’elle remplisse pleinement sa mission. »

Layla, la belle-sœur de Bilal.
Layla, belle-sœur de Bilal. (©Marie Lamarque / Actu Toulouse)

En la mémoire de ce père de famille décrit comme « dévoué », « mécanicien de métier » et « figure du quartier », un nouveau rassemblement devrait se tenir en septembre ou octobre prochain.

Suivez toute l’actualité de vos villes et médias favoris en vous inscrivant à Mon Actu.