Il vit ses derniers mois. Son équipe a beau s’être démenée pour essayer de décrocher des financements privés, « nous n’en avons pas trouvé », regrette Mathilde Dublineau, docteure en psychologie et directrice du réseau Naître et bien-être. Avec la fermeture de ce réseau, l’État va réaliser quelques économies, 274 000 euros alloués, en 2024, par l’Agence régionale de santé (ARS) qui le finançait depuis près de 20 ans.
Un dispositif unique en France
C’est l’ARS qui avait été à l’origine du déploiement, à Saint-Étienne, de cette association spécialisée, entre autres, dans la prise en charge des troubles du bébé de 0 à 3 ans, la prise en charge, également, des souffrances parentales, et le dépistage précoce des troubles développementaux du nourrisson.
20 ans plus tard, c’est cette même institution qui a acté, en mai dernier, sa décision de la fermer. Un coup dur pour toute l’équipe qui reste sidérée par les arguments que fait valoir, dans un courrier, le ministère de la Santé, pour justifier sa décision. « Ils évoquent le fait que nous couvrions qu’une partie du territoire régional. Cette sectorisation, limitée au sud de la Loire, c’était l’ARS qui l’avait voulue, observe Mathilde Dublineau. Si des familles, qui n’habitaient pas le secteur, faisaient appel à l’association, nous cherchions pour elles des prises en charge. Nous avons, par exemple, beaucoup collaboré avec le Centre médico-psychologique de Monistrol-sur-Loire. Nous menions un vrai travail d’orientation. »
Mais pas seulement. « Pédiatres, gynécologues, sages-femmes, généralistes, PMI, professionnels hospitaliers, commissariats, tous avaient nos coordonnées. S’ils croisaient, dans leurs pratiques, des parents ou des bébés confrontés à des souffrances, ils nous les adressaient. »
De nombreuses problématiques prises en charge
Des souffrances qui pouvaient prendre de multiples noms. « Ce pouvait être des dépressions post-partum de la maman, du papa, des deuils dans la famille, des violences conjugales. » Une parentalité qui remuait trop et faisait ressurgir à la surface des traumatismes de l’enfance enfouis. « J’ai aussi eu en consultation un couple qui venait de perdre sa maison dans un incendie. C’est tout événement douloureux, traumatique, qui surgissait au moment de la grossesse », résume Mathilde Dublineau qui a d’autant plus de mal à accepter cette décision que la santé mentale a été décrétée « grande cause nationale 2025 ». « C’est incompréhensible de sabrer cette même année un dispositif de prévention ultra-efficace. » Et dont la fermeture pourrait avoir de lourdes conséquences, notamment pour les tout-petits.
« L’ARS finançait cinq consultations chez les psy libéraux »
Dans ses locaux situés rue Gambetta, à Saint-Étienne, elle ne compte plus, depuis 20 ans, le nombre de bébés accueillis, souffrant de troubles alimentaires, du sommeil, de problèmes de comportement, de retards de développement.
Des petits bouts reçus, soit en consultation au sein de l’association, soit confiés à des psy libéraux spécialisés en périnatalité. « L’ARS finançait cinq consultations chez les psy libéraux et prenait en charge les patients reçus au sein de Naître et bien-être. »
Moins de bébés pris en charge pour des malades psychiatriques
Ce sont 767 familles que le réseau avait accompagnées en 2024 dont 47 en situation de précarité, « avec un délai de prise en charge de 21 jours max », insiste sa directrice qui reste convaincue que ce réseau jouait parfaitement bien son rôle. « S’il ne fallait qu’un chiffre pour le prouver, c’est la prévalence de maladies psychiques en 2022 dans le département : 0,24 % dans la Loire contre 0,52 % dans le Rhône. Des chiffres disponibles sur le site Ameli.fr », souligne Mathilde Dublineau, inquiète pour toutes ces familles qui ne pourront plus bénéficier des actions du réseau.
« Dans son courrier, le ministère de la Santé cite d’autres dispositifs pour améliorer la prise en charge des dépressions parentales et des troubles de développement de l’enfant comme Mon soutien Psy mais il ne s’adresse malheureusement pas aux enfants de moins de 3 ans, relève le docteur Cécile Revelli, présidente du Réseau. Y sont aussi citées les plateformes de coordination et d’orientation. Si elles permettent bien le financement d’actes de soins psychiques, c’est uniquement dans le cadre de troubles du neurodéveloppement et non dans celui de la psychopathologie périnatale. »
« On nous ferme, au risque d’avoir des bébés qui auront tardé à être pris en charge et qui nécessiteront plus tard des soins plus lourds et donc plus onéreux pour la société », analyse la docteure en psychologie. Des économies qui n’en seront pas.
767
C’est le nombre de familles que le réseau Naître et bien-être assure avoir accompagné en 2024