Entre adaptation forcée et innovation organisationnelle, les établissements de santé ont dû repenser leurs stratégies de recrutement. La loi Rist, entrée en vigueur le 3 avril 2023, a bouleversé les pratiques en matière d’intérim médical. Cette réglementation impose un encadrement strict des rémunérations versées aux praticiens temporaires, mettant fin à une époque où les tarifs pouvaient s’envoler selon les besoins urgents des services.
Les établissements de santé de la Loire, à l’image du CHU de Saint-Étienne, ont dû rapidement s’adapter à ces nouvelles contraintes légales. Cette transition s’est accompagnée d’une transformation complète de leur approche du recrutement temporaire.
Une agence locale en pleine expansion
Parallèlement à ces évolutions réglementaires, de nouveaux acteurs émergent sur le marché local. Vitalis Médical, implantée à Saint-Chamond depuis novembre dernier, illustre cette dynamique. L’agence revendique déjà près de 990 professionnels dans ses fichiers, couvrant l’ensemble des métiers de la santé.
Chaque candidature fait l’objet de vérifications documentaires approfondies, d’entretiens personnalisés et de trois contrôles de références. Cette approche méthodique, bien que chronophage, garantit la qualité des prestations proposées aux établissements clients.
Le Centre Hospitalier Universitaire de Saint-Étienne offre un exemple saisissant de cette transformation. Conrad Breuer, directeur des affaires médicales du CHU et du Groupement hospitalier de territoire (GHT) de la Loire, reconnaît que des excès financiers ont pu survenir par le passé, sans toutefois atteindre les montants extravagants parfois évoqués dans les médias.
Une diminution drastique du recours à l’intérim
Les chiffres témoignent de l’ampleur de la transformation : le CHU est passé de 2 000 journées d’intérim avant la loi à 1 000 en 2023, puis seulement 700 en 2024. Cette baisse de 65% illustre l’efficacité de la nouvelle réglementation.
Le GHT de la Loire a connu une évolution similaire. Alors qu’en 2022, une moyenne de 35 médecins intérimaires travaillaient en permanence dans les services d’anesthésie-réanimation, d’urgences et de psychiatrie, cette main-d’œuvre temporaire s’est considérablement raréfiée.
Face à cette pénurie d’intérimaires, les responsables hospitaliers ont fait preuve d’innovation. Le GHT a développé un système de « bourse de remplacements » permettant aux médecins du groupement d’effectuer des heures supplémentaires dans les autres établissements publics en difficulté.
Cette mutualisation des ressources humaines, centralisée par le CHU qui gère tous les contrats, fonctionne particulièrement bien en gynécologie et aux urgences. Conrad Breuer souligne qu’aucune catastrophe n’est survenue, aucun bloc opératoire n’a dû fermer malgré les tensions initiales.
Contrairement aux craintes exprimées, la période estivale 2025 se déroule sans recrutement massif d’intérimaires au CHU. Cette situation s’explique en partie par le ralentissement habituel de l’activité des blocs opératoires pendant les congés d’été.