Légende Web uniquement. Sébastien Botella.

Palais de justice de Nice, jeudi 30 janvier. Le tribunal correctionnel rend sa décision, après quatre jours d’audience consacrés à un trafic de stupéfiants à Nice-Est. Seize prévenus étaient jugés. Les policiers investissent la grande salle. Ils vont passer les menottes aux poignets de quatre prévenus. Cinq autres manquent à l’appel. Hervé M. compte parmi eux. Et pour cause…

Ce jeune trafiquant a fui Nice à l’été 2024. Un été meurtrier, marqué par l’incendie criminel qui a tué sept innocents, dans le quartier des Moulins à Nice-Ouest. Hervé M. est suspecté d’en être le commanditaire.

Originaire du Sénégal, il a été rattrapé en Guinée-Bissau voisine le 22 décembre, puis écroué. C’est son arrestation qu’a officialisée le procureur de la République de Nice mercredi soir. Même si Damien Martinelli ne l’a pas cité nommément.

Condamné à quatre reprises

Retour au 30 janvier. Ce jour-là, Hervé M. est condamné par défaut à une des plus lourdes peines: quatre ans ferme. Aucun avocat ne le représentait. La justice le présente comme un « gérant » de bon niveau, mais pas forcément au sommet de la pyramide. Le juge d’instruction l’avait d’ailleurs laissé sous contrôle judiciaire. Un coprévenu l’a tout de même qualifié de « trop dangereux ».

Quand les enquêteurs de la sûreté départementale des Alpes-Maritimes sont venus le cueillir, le 6 mars 2023, Hervé M. se trouvait en maison d’arrêt… pour une autre affaire. La condamnation de janvier 2025 sera sa quatrième. La troisième pour trafic de stups.

En décembre 2016, le tribunal pour enfants lui a infligé deux ans de prison dont un ferme. En juillet 2021, le tribunal correctionnel l’a condamné à cinq ans de prison. Dont quatre ferme, déjà.

Un mandat d’arrêt diffusé par Interpol

À l’époque, Hervé M. est impliqué dans un vaste trafic de drogue aux Liserons. C’est autour de cette même impasse, au 328 route de Turin, que tourne le dernier dossier en date.

Officiellement, Hervé M. est alors domicilié chez sa mère, dans le centre-ville de Nice. Comme d’autres, il assure tirer ses revenus de paris en ligne. Ses comptes bancaires font apparaître plusieurs milliers d’euros de gains tirés de la Française des jeux ou Winamax. Lors de sa garde à vue, il nie toute implication dans un trafic. Il jure travailler, même si les surveillances policières semblent révéler le contraire. Hervé M. se serait-il présenté à son procès, le 30 janvier? Les policiers bissao-guinéens ne lui ont pas laissé le choix. Cinq semaines plus tôt, ce natif de Dakar a été intercepté à l’aéroport Osvaldo-Vieira. À 26 ans, il était visé par un mandat d’arrêt diffusé par Interpol, émis par le juge qui pilote l’instruction sur le drame des Moulins.

Recrutés sur Snapchat

« L’information judiciaire [a permis] d’identifier un individu susceptible d’avoir joué un rôle en qualité de commanditaire », dixit le procureur Martinelli. Un suspect « déjà mis en cause et condamné à plusieurs reprises à Nice dans le cadre de trafics de stupéfiants d’envergure ». Mais jamais encore pour des faits criminels.

Hervé M. a-t-il gravi plusieurs paliers supplémentaires? C’est ce que soupçonnent les limiers du service interdépartemental de police judiciaire (SIPJ). Le trafiquant aurait recruté, via Snapchat, les trois jeunes Franciliens venus « mettre le feu aux Moulins » le 18 juillet 2024. « Avec moi, tu vas te faire de l’argent », aurait-il promis au plus jeune, âgé de 17 ans, selon des échanges rapportés par Le Parisien. Il aurait ensuite annoncé: « Demain, il y a une mission. »

Une seconde mission fatale

La mission? Reprendre un point de deal. Le trio francilien s’y serait essayé le 12 juillet. Sans succès. Sa tentative se serait conclue sur des tirs dissuasifs et un passage en garde à vue.

L’incendie criminel aurait été une seconde mission, de rattrapage en quelque sorte. Son prix, selon Le Parisien: 700 euros par personne.

Le but est sans doute d’impressionner, plus que de tuer. Mais rien ne va se passer comme prévu. Les hydrocarbures déversés aux trois premiers étages génèrent des flammes qui gagnent le septième. Elles ravagent l’appartement d’une famille comorienne sans aucun lien avec le narcotrafic.

Cette fois, Hervé M. s’expose à une mise en examen pour « destruction volontaire par incendie en bande organisée et ayant entraîné la mort » et « association de malfaiteurs ». Encore faut-il qu’il puisse être jugé à Nice… Les autorités françaises ont demandé son extradition à la Guinée-Bissau. Sans retour à ce stade.

Le sort d’un incendiaire présumé, arrêté fin avril dans son Algérie natale, est encore plus incertain. Cinq autres suspects, dont le reste du commando, sont incarcérés en France. Tous encourent la réclusion criminelle à perpétuité.