Une vue imprenable et l’image du Paris intimiste fantasmée dans le monde entier. Voilà pourquoi le quartier de Montmartre, mis en valeur régulièrement et allègrement, attire toujours plus de visiteurs français et étrangers. L’année dernière, ils étaient 11 millions à grimper sur la butte du 18e arrondissement de la capitale pour faire de la basilique du Sacré-Cœur le monument le plus visité de l’Hexagone.
Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain au début du siècle, la série d’animation Miraculous ou encore la mondialement célèbre Emily in Paris plus récemment : le moindre coup de projecteur sur le quartier ou l’un de ses commerces suffit à attirer toujours plus de curieux. Près de 27 000 personnes habitent aujourd’hui dans ce qui s’apparente de plus en plus à un musée à ciel ouvert, lieux de passage incontournable pour les 22,6 millions de touristes étrangers venus à Paris l’année dernière.
« Tous les jours, toute la semaine, tout le temps »
Anne Renaudie y vit depuis 29 ans. Elle est aussi présidente de Vivre à Montmartre, l’une des associations qui s’inquiète et hausse le ton face au surtourisme. « Avant le Covid, le tourisme à Montmartre c’était plutôt le week-end. Mais depuis, c’est constant : tous les jours, toute la semaine, tout le temps », souffle-t-elle. À deux pas de La Maison rose, symbole d’Emily in Paris devant laquelle des dizaines de touristes se prennent en photo, des banderoles ornent les balcons. « Montmartre menacé ! Ses habitants oubliés », peut-on notamment y lire. Les résidents protestent notamment contre la piétonnisation de nouvelles rues, qui amènera selon eux encore plus de touristes.
Manon, 27 ans, a, elle, choisi de s’installer dans le quartier il y a deux ans… et ne regrette pas. Mais en face de son appartement – 24m² pour 820 euros mensuels -, elle n’a pas de vrais voisins : « C’est un Airbnb, et il est tout le temps plein. Le propriétaire avait carrément installé sa boîte à clés sur la grille devant ma fenêtre. » Une fenêtre qui donne directement sur la ruelle en pavés dans laquelle défilent depuis peu beaucoup de side-cars, « qui roulent comme des fous ! »
Propreté, difficultés d’accès, disparition des commerces de proximité au profit de magasins pour touristes : pour l’association Vivre à Montmartre, les sujets de crispation sont nombreux. « Et depuis mars, on est dans l’après-JO : on voit maintenant des groupes de 80 personnes, on n’avait jamais vu ça », souligne Anne Renaudie.
La foule et le peloton
Le 3 août 2024, le temps d’une journée, l’éventail des nationalités représentées était toujours aussi large, mais les touristes avaient laissé place aux fans de cyclisme pour le passage de la course en ligne des Jeux olympiques. Plus de 500 000 personnes étaient présentes le long du parcours parisien. La rue Lepic s’est, elle, muée en un véritable stade à ciel ouvert, évoquant un édifiant parallèle avec un tableau de Claude Monnet de 1878, La Rue Montorgueil. L’une des images des Jeux, offrant une nouvelle fois à Montmartre une exposition mondiale.
Un moment de ferveur qui a aussi tapé dans l’œil des organisateurs du Tour de France. « Les Jeux ont rendu l’impossible possible », souriait récemment Pierre-Yves Thouault, adjoint de Christian Prudhomme à la tête de la Grande Boucle. Une idée bien accueillie par la municipalité, moins par la préfecture de police. Mais « il y a eu une impulsion assez forte du président de la République », a reconnu en mai le préfet de police de Paris, Laurent Nuñez. Et près d’un an plus tard, le peloton s’apprête à nouveau à traverser la foule dans côte de la Butte Montmartre. Le tout diffusé dans 190 pays.
« On n’a pas besoin de plus de tourisme »
« Ça va certainement être un très beau moment sportif, il va y avoir de magnifiques images. Mais c’est nous, les riverains, qui allons en payer le prix. On n’a pas besoin de plus de tourisme, on est en train de mourir sous le tourisme », soupire Anne Renaudie. « On est toujours tiraillés entre deux sentiments », avoue Pierre Rabadan, adjoint aux sports à la mairie de Paris, conquis par la ferveur populaire observée en août 2024. « Nous voulons trouver cet équilibre entre une ville dynamique et attractive et une attention majeure envers les riverains pour que leurs conditions de vie puissent s’harmoniser avec cela », assure-t-il.
Simple one-shot ou tradition naissante sur le Tour ? C’est aussi le succès sportif de l’étape qui le dira. En attendant, le quartier parisien accueille des tournages de films tous les mois. Et sera à nouveau à l’image dans la série phare de TF1 à la rentrée, sobrement baptisée : Montmartre.