Au cœur du Robert, un artiste discret transforme les vestiges de la mer en œuvres d’art depuis plus de 60 ans. Rencontre avec Gros Étienne, un sculpteur autodidacte au parcours exceptionnel. Une rencontre inattendue sur les quais du Robert
Ce matin-là, en quête d’un peu de culture hors des sentiers battus, nous flânions du côté des hangars de pêche du Robert, lorsqu’un homme au regard vif nous interpelle.
« Vous voulez voir quelque chose d’exceptionnel ? », nous lance-t-il d’un ton assuré. Intriguées, nous lui demandons de quoi il s’agit. Sa réponse est simple : « C’est une surprise, mais il faut venir chez moi. »
Sans hésiter, nous le suivons. L’aventure commence.
Direction Cité Lacroix, un quartier niché en contrebas du bourg, baptisé d’après une croix jadis dressée sur la route menant à la gendarmerie. À l’entrée de la maison, une cloche bleue en guise de sonnette nous ramène dans une autre époque. Le ton est donné.
Dès la terrasse, le mystère se dissipe peu à peu : des objets en bois, vernis pour certains, bruts pour d’autres, envahissent l’espace. Puis, au fond, une porte s’ouvre. Derrière elle, une véritable caverne d’Ali Baba.
L’atelier est une vé.ritable caverne d’Ali Baba.
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©Dominique Legros
La pièce déborde de sculptures en bois, fruits de décennies de création. Chaque œuvre est façonnée à partir de matières premières ramassées sur les plages et îlets du Robert.
« Voici le point de départ, la toute première statue que j’ai sculptée en 1959 », nous dit Gros Étienne, en désignant une pièce émouvante. Il avait alors 24 ans.
Aujourd’hui, à 90 ans, il continue à créer avec des outils rudimentaires : couteau, scie, cale à poncer, colle. Tout est dans la main, dans le geste, dans l’amour du bois. Des animaux, des meubles, des objets insolites… chaque morceau raconte une histoire.
Exemple de sculptures de Gros Etienne.
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©Dominique Legros
Ancien ouvrier de l’usine du Galion, où il a longtemps coupé et transporté la canne à sucre, Gros Étienne semble avoir tiré de la terre et de la nature une énergie inépuisable.
Sculpteur autodidacte, il n’a jamais exposé ses œuvres dans une galerie. Et pourtant, chacune d’elles témoigne de son lien profond avec son environnement.
Gros Etienne et ses sculptures.
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©Dominique Legros
Son souhait ? Transmettre. Offrir aux jeunes la passion du geste, l’envie de créer, la curiosité d’observer. « Il n’y a rien à vendre ici, mais tout à regarder », affirme-t-il simplement. Son atelier, installé au bout de sa terrasse, reste ouvert à tous.
Gros Étienne ne cherche pas la gloire. Il veut laisser une trace. De la nature, des rencontres, de la vie.
À travers ses œuvres, c’est tout un pan du patrimoine culturel et environnemental du Robert qui s’inscrit dans la matière, silencieusement. Un trésor vivant, à découvrir et à partager.