La guerre qu’Israël livre au Hamas, branche palestinienne des Frères Musulmans, oblige à s’interroger sur l’attitude des Européens. Ils ne sont pas les alliés qu’ils devaient être. Plutôt le contraire même. Pourquoi ?

L’Europe pour le Hamas ou contre Israël ?

À l’évidence, les Européens ont opté pour le Hamas, branche palestinienne des Frères Musulmans contre Israël. Les menaces de sanctions (rupture de l’Accord d’Association euro-israélien), les vexations (stands israéliens annulésou bâchés de noir dans les grandes foires militaires européennes), la promesse de reconnaissance de la Palestine sont les jalons d’une évidente hostilité.

Complaisance avec l’islamisme ? Acoquinement ? /

Avant de trancher, rappelons ce que sont les Frères Musulmans dont le Hamas est un appendice. Comme l’explique Florence Bergeaud-Blackler, experte française de la Confrérie : « Le Frérisme est une idéologie conquérante (…) qui instrumentalise la population musulmane pour en faire une arme. Le Frérisme agit de l’intérieur par subversion des institutions, en évitant la violence, mais en la justifiant lorsqu’elle se produit ».

Le Frérisme est dit subversif en ce qu’il retourne la force de l’ennemi contre lui-même. « Ce que fait le Frérisme, c’est de transformer nos sociétés judéo-chrétiennes en sociétés charia-compatibles (…). Le génie du Frérisme est de savoir s’appuyer sur des mouvements radicaux révolutionnaires, comme la gauche radicale, et suicidaires, comme le wokisme ». « Les révolutionnaires croient voir dans les musulmans radicalisés le prolétariat qui leur fait défaut et les woke pensent que l’islamisme est la revanche naturelle de l’humanité contre la domination blanche » poursuit Florence Bergeaud-Blackler.

Les « révolutionnaires » et les « wokes » ne sont pas les seuls alliés des Frères Musulmans. La complaisance au sein de certaines élites dirigeantes européennes oblige à s’interroger.

Les Européens croient-ils qu’ils pourraient coexister avec les Frères Musulmans ?

Les gouvernements européens sont parfaitement informés du danger frériste. Mais ils semblent avoir choisi de ne pas se confronter à lui.

EN FRANCE, un rapport sur le danger représenté par les Frères Musulmans a été finalisé en juillet 2024. Les rapporteurs ont « mis en évidence une menace grave, marquée par un double discours qui conjugue, entre soi, dissimulation et respect apparent des règles dans l’objectif de substituer à la communauté nationale de nouvelles formes d’allégeances en rupture avec la tradition républicaine » peut-on lire dans le dossier de presse. On ne connaît pas encore les suites qui seront données au rapport, mais l’annonce par le président Macron de la « reconnaissance d’un État palestinien » par la France a été saluée par le Hamas comme une alliance politique contre Israël et la justification du pogrom du 7 octobre 2023

AU ROYAUME-UNI, dès 2014, une enquête gouvernementale commandée par le Premier ministre David Cameron (rapport Jenkins) a conclu que les Frères ne sont pas une organisation terroriste, que leur financement demeure mystérieux et qu’ils représentent un trouble potentiel à l’ordre public. Mais si l’on en croit l’Atlantic Council, toute interdiction du mouvement aurait entraîné une action en justice avec un risque important pour le gouvernement d’être débouté. Londres a choisi une approche de surveillance renforcée et s’associe au projet macronien de reconnaissance de la Palestine.

EN ALLEMAGNE, l’Office fédéral de protection de la Constitution (BfV) surveille le risque islamiste en général, sans porter une attention particulière aux Frères musulmans. Selon Mustafa Al-Amar, homme politique arabo-allemand et expert en sécurité nationale, la véritable menace en Allemagne et dans toute l’Europe n’est pas la frange djihadiste, mais les Frères musulmans et leurs affiliés. « Ils sont bien plus dangereux car ils agissent discrètement », a-t-il expliqué. « (…) Les Frères musulmans opèrent sous le couvert des libertés civiles – dans les mosquées, les centres culturels et les ONG. Ils conquièrent les jeunes esprits par un endoctrinement doux. » Plusieurs projets de loi ont été déposés au Parlement par des partis de droite (Alternative für Deutschland notamment) demandant l’interdiction des Frères Musulmans et le durcissement de la lutte contre le financement des organisations islamistes. Mais il est peu probable qu’ils débouchent, ces partis n’étant pas au gouvernement. L’Allemagne est partisane de la « solution à deux États », mais ne s’associe plus – elle a été tentée de le faire – à une reconnaissance de la Palestine pilotée par Emmanuel Macron.

L’AUTRICHE demeure le seul pays européen à avoir interdit les Frères musulmans en vertu de la loi antiterroriste du 8 juillet 2021. La confrérie est considérée comme une organisation « criminelle à motivation religieuse ». L’Autriche est partisane de la « solution à deux États » mais ne semble pas s’associer au projet macronien de reconnaissance d’un État palestinien.

Comment expliquer l’attitude des Européens ?

Quatre faisceaux de raisons sont possibles : l’apaisement, l’immigration, la haine de l’Amérique MAGA et la prise de distance avec Israël.

1) L’apaisement

Les démocraties n’ont jamais su gérer le risque totalitaire. Il en va de la Confrérie comme il en a été d’Hitler : le risque est perçu une fois qu’il était trop tard.

En quoi la Confrérie est-elle une organisation totalitaire ? Ses membres sont convaincus que les lois et coutumes du pays d’accueil ne les obligent pas ; que la hiérarchie commune du Bien et du Mal (tu ne tueras point, etc.) ne s’applique pas à eux ; les Frères se sentent autorisés à mentir, tricher, car ils se sentent légitimés par une autorité supérieure, celle d’Allah… ; le cadre moral et idéologique du Coran légitime la violence contre les Infidèles, contre la laïcité, contre le respect des règles communes … Florence Bergeaud-Blackler ajoute que le Frérisme est « un système d’action ; il ne s’arrête jamais d’endoctriner et de tromper, de chauffer la marmite. La lutte contre « l’islamophobie réelle ou supposée » est un dispositif fictionnel de choix en faisant croire aux jeunes musulmans qu’ils seront détestés tant qu’ils ne vivront pas dans la maison protectrice de l’islam (dar al-islam) ».

Les Européens pourraient interdire le Frérisme comme l’Autriche l’a interdit. Mais ils ont peur de la guerre avec leur citoyens musulmans. Alors ils ont opté pour l’apaisement.

Comme Daladier et Chamberlain à la conférence de Munich en 1938.

2) L’immigration

Le poids de l’immigration (ils sont des millions) et son importance symbolique (la “diversité”) expliquent l’atermoiement européen.

Après la chute du Mur de Berlin en 1989 et la déconfiture de l’Union soviétique, les Européens – et les Américains aussi bien – ont connu une phase d’euphorie. Comme l’a expliqué Marco Rubio, Secrétaire d’État de l’administration Trump, « l’humanité tout entière était désormais destinée à abandonner l’identité nationale pour devenir « une seule grande famille humaine ». Les citoyens des États allaient devenir « citoyens du monde » ».

N’ayant plus d’ennemi, les Occidentaux ont ouvert leurs frontières et se sont assigné un avenir multiculturaliste.

Le tout-venant migratoire fut surtout musulman : Afrique du Nord, Afrique noire, Moyen-Orient. Les migrants en quête d’une vie meilleure ont débarqué en Europe par millions. Et nul ne s’est donné la peine de les encadrer, de les inviter à apprendre les règles du pays d’accueil.

Les Frères Musulmans étaient dans les bagages. Vigoureusement combattue au Moyen-Orient, la Confrérie a trouvé en Europe un terrain d’expansion : les Européens ont laissé les Frères embrigader les musulmans, les victimiser (islamophobie), puis les radicaliser.

Les élites progressistes ont même facilité la tâche des Frères. Elles ont financé un puissant appareil anti-raciste (médias, justice) qui a muselé toute critique de la politique d’immigration au sein de la population d’accueil. Et cela pendant des décennies.

Bien logiquement, la liberté d’expression en a pris un coup. Elon Musk a accusé Keir Starmer, Premier ministre britannique d’avoir asphyxié le débat public sur les gangs de violeurs pakistanais en Angleterre. Et Lucy Connolly, une aide-ménagère, a été condamnée à 31 mois de prison pour avoir exigé sur Twitter l’expulsion des migrants meurtriers.

À Munich, en février 2025, les Européens ont été stupéfaits d’entendre J.D. Vance, vice-président des États-Unis, leur expliquer que l’immigration incontrôlée représentait un danger militaire plus important que la Russie ou la Chine.

Les Européens en ont conclu que la nouvelle administration américaine était raciste.

3) Se distancier des États-Unis

À Munich, les Européens ont trouvé plus digne de prendre leurs distances avec les États-Unis qu’avec les Frères Musulmans. Le ministre de la Défense allemand, Boris Pistorius, a jugé le discours de JD Vance « inacceptable », Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie de l’UE, a estimé que Vance « cherchait la bagarre ». Et le média Delo (Slovénie) a estimé que la rupture avec les États-Unis était envisageable : « Après 75 ans de vie commune, l’Europe devra peut-être se détacher de l’Amérique – douloureusement, mais nécessairement ».

Les Européens progressistes jugent le tournant MAGA comme du dernier vulgaire : la glorification du national, la défense de l’ouvrier américain ne correspondent pas aux canons de la «victime ». Les sans-dents, les « si tu veux t’acheter un costume comme le mien, il faut bosser »… n’ont droit qu’au plus profond mépris. Les progressistes ne respectent que les « vraies victimes », les migrants musulmans.

4) Prendre ses distances avec Israël

Reconnaître la Palestine, boycotter Israël est évidemment une façon commode de témoigner son hostilité à Donald Trump. Et Macron ou Starmer ne s’en privent pas.

L’inconvénient de cette politique est qu’elle ouvre la voie à un antisémitisme débridé, conquérant, comme on n’en a pas vu en Europe de l’Ouest depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et ça, les progressistes européens ne l’avaient pas prévu.

© Yves Mamou

L’Union Européenne s’Accommode des Frères Musulmans

https://mamou.substack.com