DIE TAGESZEITUNG : [Au début du mois d’août], le chancelier Friedrich Merz a annoncé l’arrêt des livraisons d’armes susceptibles d’être utilisées par l’armée israélienne dans la bande de Gaza. En tant que spécialiste des relations historiques entre l’Allemagne et Israël, avez-vous été surpris du tollé provoqué par cette décision dans son propre camp ?
DANIEL MARWECKI : Non, pas vraiment. D’une part parce que cela s’inscrit dans la logique politique du moment au niveau national. C’est l’occasion, pour certains membres de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), comme Jens Spahn, de se démarquer du chancelier en se présentant comme les derniers gardiens de la “raison d’État” [les dirigeants allemands emploient ce terme pour rappeler que l’Allemagne est responsable de la sécurité d’Israël, à cause de son rôle dans la Shoah]. Et ce, avec l’appui de médias [populistes] comme Bild et Nius, d’ailleurs. Et d’autre part, parce qu’il y a des raisons historiques à cette indignation.
Lesquelles ?
Les armes ont toujours occupé une place centrale dans les relations germano-israéliennes, et ce dès le début, à l’époque de [Konrad] Adenauer et de David Ben-Gourion. C’est vrai qu’au départ, avec l’Accord de réparations de 1952, il était essentiellement question d’un soutien à l’industrie. Mais au mili