D’abord anecdotique, la guerre des ondes menée par la Russie contre les Pays Baltes devient une véritable nuisance, voire un danger pour la sécurité des civils européens. Ces derniers mois, les Pays Baltes accusent de plus en plus ouvertement la Russie d’être responsable d’une forte augmentation des interférences radio et satellitaires, rapporte l’agence de presse américaine Bloomberg.

La preuve, selon eux, que la Russie stationne d’importantes quantités de matériel de guerre électronique à la lisière de l’Union européenne. Car depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par les forces de Vladimir Poutine en février 2022, « la région de la mer Baltique a enregistré un brouillage étendu des signaux, notamment du système de positionnement global (GPS), ce qui a perturbé les communications aériennes et maritimes », rapporte l’agence.

85 % des vols touchés en Estonie

La situation s’est considérablement aggravée ces derniers mois, selon les autorités baltes. Selon l’Estonie, 85 % des vols du pays subissent désormais des perturbations, voire la transmission volontaire de mauvaises coordonnées géographiques, une pratique aussi appelée spoofing. La Lituanie rapporte elle aussi une flambée des brouillages GPS depuis le mois dernier.

Les autorités de Riga (capitale de la Lettonie) pensent quant à elles que Moscou a déployé du matériel dans la région frontalière de Pskov, selon la télévision publique citée par Bloomberg. Certains dispositifs de guerre électronique pourraient même être installés sur des navires de guerre en mer Baltique, estiment des responsables baltes.

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En plus de porter atteinte à la sécurité des transports civils, ces interférences volontaires russes pourraient être une manière de tester une nouvelle fois l’OTAN, pour certains spécialistes. Selon Bloomberg, l’enjeu est aussi « celui de la sécurité d’une région devenue un point chaud pour l’OTAN dans son bras de fer avec le Kremlin ». Car la Lettonie, la Lituanie et l’Estonie — les membres baltes de l’alliance qui bordent la Russie — figurent parmi les plus fervents soutiens de Kiev.

Bien que les autorités de la région affirment que les vols commerciaux restent sûrs, les pilotes doivent de plus en plus recourir à des méthodes de navigation alternatives et les pays frontaliers de la Russie ont saisi plusieurs organisations internationales.

Les agences onusiennes alertées

Le 23 juin dernier, la Finlande, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont collectivement signalé, avec la Finlande voisine, l’aggravation des interférences de radionavigation à l’Union internationale des télécommunications (UIT). Soutenus par la Suède et la Pologne, ils ont également exprimé leur inquiétude au sujet de la guerre électronique russe dans une lettre adressée début juillet à l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Données de perturbation à l’appui, l’agence a conclu que la Russie était responsable de ces interférences.

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Dans la réponse de l’OACI, consultée par l’agence de presse américaine, l’organisation a exprimé sa « profonde inquiétude » pour la sécurité des vols civils notamment. Elle avertit également la Russie : si elle ne précise pas dans les 30 jours les mesures qu’elle prendra pour mettre fin aux perturbations, l’affaire sera considérée comme une possible violation du droit international. L’IUT elle aussi a appelé le Kremlin à cesser immédiatement ces activités.

Suspendre les fréquences russes ?

Selon un communiqué du gouvernement lituanien consulté par Bloomberg, le Kremlin interpellations « n’a pas nié » son activité de brouillage lors de la récente réunion de l’UIT, « mais a justifié ses actions par la nécessité de protéger les infrastructures nationales ». L’absence d’action pourrait pourtant ne pas rester sans conséquences : l’UIT étant une agence des Nations unies, elle a le pouvoir de suspendre la délivrance de nouvelles autorisations pour l’utilisation de fréquences radio.

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Des mesures ont d’ores et déjà été prises par les pays Baltes pour contrer les interférences russes. En juillet dernier, ces pays ont annoncé utiliser une nouvelle capacité du système satellitaire européen Galileo pour contrer le spoofing. Les autorités ont également demandé à leurs citoyens de ne pas utiliser de drones près de la frontière avec la Russie, et les pilotes polonais utilisent une assistance par radar pour prendre le relais lorsque les GPS sont brouillés. Ces mesures pourraient être insuffisantes : depuis quelques mois, en plus des communications aériennes, les communications terrestres (notamment le réseau des téléphones portables et les tours) et maritimes sont elles aussi touchées.